dimanche 11 janvier 2026

Voeux pour 2026

Mesdames et Messieurs : chers acteurs associatifs, bénévoles engagés dans les multiples activités chartraines ; responsables économiques, représentants d’institutions et des services publics de l’Éducation Nationale, de la Gendarmerie Nationale, des moyens de secours départementaux ; Mesdames et Messieurs les membres des instances de l’aide sociale et des solidarités, chers élus, anciens élus, élus voisins et amis chartrains, je salue votre présence qui nous honore en cette soirée ; une soirée qui ouvre une nouvelle page : celle de l’année 2026.

Nous vous adressons des vœux de bonne année ; des vœux de bonne santé, des vœux pour tout ce qui contribue à la qualité de la vie dans notre commune ; nos communes. Qualité de notre vie sociale … sans jamais négliger la qualité de la dynamique économique dont découlent nos ressources et moyens communs ; des moyens partagés pour assurer les meilleures conditions d’exercice des services publics quand nous parlons des pratiques culturelles, sportives, associatives et tant d’autres activités. Je n’oublie pas nos projets fédérateurs autour de la nature ; de tout ce que représente la vie biologique. Je n’oublie bien sûr nullement nos projets dédiés aux champs de la solidarité … des projets qui font société ; sans exclusive.

J’adresse également tous mes vœux aux personnes qui n’ont pu se joindre à nous.

Ce soir, je ne procéderai pas à la présentation de toutes nos réalisations achevées, celles en cours, et d’autres en projet. Vous venez d’en avoir une illustration très explicite, qualitative avec le diaporama qui vient de vous être présenté. Pour autant il est opportun de vous dire que toutes ces réalisations et activités contribuent aux mêmes objectifs : nous tenir aux côtés des enfants, des familles, des jeunes, des aînés. Nous sommes également à l’écoute de toutes celles et ceux qui travaillent ici, proche de nous et plus largement dans notre bassin de vie ; le bassin d’emploi rennais. Nous agissons pour faire en sorte que toutes les personnes qui recherchent une insertion, une formation, un emploi de qualité, ou réfléchissent à leur futur projet puissent trouver les bonnes réponses souhaitées. Dans ce but, nous sommes attentifs aux initiatives de tous les acteurs de l’économie et nous exerçons autant de fois que nécessaire notre rôle de médiation en les accompagnant au cours de leurs études et recherches pour s’implanter et / ou se développer.

En ce qui concerne les services rattachés à la commune ; ce sont des missions que nous-nous faisons forts de proposer et de faire évoluer. En ce qui concerne les locaux, nous les adaptons, aménageons, agrandissons et même, autant que nécessaire nous en créons de nouveaux ; qu’il s’agisse des espaces éducatifs, sportifs, culturels ou associatifs.

Pour tous les partenaires des secteurs et services sociaux qui interviennent sur notre territoire, nous coopérons au mieux avec chacun d’eux, et les accompagnons dans leurs métiers et missions.

Pour cela, nous améliorons nos lieux dédiés à la solidarité ; entre autres pour le soutien aux personnes confrontées à l’avancée dans l’âge, ou contraintes par la santé, voire le handicap. Naturellement la différence doit être reconnue et accompagnée. Ainsi, chacun doit pouvoir trouver sa place dans le cadre de projets réfléchis et concertés.

Tous nos projets se doivent d’être fédérateurs avec cet objectif de faire grandir la cité, … toutes nos cités et territoires dans leur diversité.

Notre engagement : c’est de nous en tenir aux meilleures dispositions pour donner du sens à ce que nous convenons tous d’appeler le « vivre ensemble ». Assurément, ce ne sera pas sans porter collectivement une authentique ambition humaine et sociale, digne de ce que sont nos valeurs, et j’insiste : humaines ; des qualités en opposition aux postures qui confortent l’entre-soi ; que nous parlions des communes, et ceci même jusqu’aux échelons des États. Pour nous, les replis sociétaux sont terriblements préjudiciables, voire plus, néfastes … À l’extrême, ils réduisent les libertés, et l’incapacité à faire société …

Contribuons ainsi à faire avancer le Monde ; ce Monde qui a tant besoin de se régénérer, voire plus encore : de se refonder en ces heures d’expectative absolue quant à son avenir.

Dans ses « Lettres de prison » écrites durant les années 1920-1930, Antonio Gramsci écrivait : « Le vieux Monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » … Qui peut souhaiter l’effacement de nos idéaux républicains et par conséquent de la démocratie jusqu’à ce qu’on remette en cause les droits humains ? Dans son roman « La Peste », Albert Camus écrivait en 1947 : « quand une démocratie est malade, le fascisme vient à son chevet ». Et enfin, dans la même lignée des grands humanistes du XXème siècle, permettez moi de citer également les propos tenus par Robert Badinter, le 20 mars 1984 dans la cité marseillaise : « Le fascisme ne se lève pas dans les pays développés comme la tempête en une nuit. Il est d'abord rampant, dissimulé, ordinaire. Il progresse par les mille voies de la haine, avivée par les difficultés économiques. Il s'empare des cœurs avant de pervertir les esprits, puis de prendre le pouvoir ».

 

Voici un an, je revenais sur les interminables crispations politiques ; plus précisément parlementaires. Ceci dans le contexte de la tournure incertaine que prenait l’économie française, entraînant par voie de conséquence le déséquilibre de nos finances publiques, toujours proches d’abysses incommensurables. 12 mois plus tard, il nous faut constater que les changements ne sont toujours pas au rendez-vous. Ainsi, pour la seconde année consécutive, l’absence d’accords à l’Assemblée Nationale nous renvoie aux constats de reports d’inscriptions budgétaires, sans fil conducteur … et avec quel sens, perspectives et projets ?

Croyez-moi, Mesdames et Messieurs, chers amis, en quelques 31 années d’exercice de ma fonction de Maire à Chartres de Bretagne, j’ai acquis une certaine connaissance de ce que sont les effets des politiques sans lignes directrices … autrement dit « au fil de l’eau » …

Pour 2026, la version du budget pour la France sera de nouveau la résultante d’un cocktail de compromis de telle manière que nous n’avancerons qu’en mode dégradé ; un mode dégradé produisant toujours plus de dette, et toujours plus de contraintes pour nos collectivités devant faire encore mieux avec moins.

Pour autant et au regard du contexte économique international, nous ne devons certainement pas baisser les bras.

Après quarante années d’une mondialisation de l’économie, qualifiée avec moult réserves : « d’heureuse », est-ce l’heure de nous interroger sur la fin d’un modèle qui d’ores et déjà nous impose la recherche de nouvelles orientations ? En ce qui me concerne, je vous répondrai bien évidemment oui.

Nous avons vécu les délocalisations massives des fonctions productives en direction de pays aux faibles coûts sociaux ; là où le laxisme en matière de protection environnementale atteignaient les limites du soutenable … À ce stade extrême, nous sommes entrés dans la phase la plus critique de ce nous appelons l’anthropocène ([1]), cette ultime ère paléo-géologique. Indéniablement, elle se traduit par un processus d’altération planétaire aggravé. Nous en mesurons les effets au gré tout au plus des décennies, alors que les changements majeurs, ou extinctions en études paléontologiques s’évaluent en dizaines de millions d’années. Or, ces processus surviennent en concomitance avec des bouleversements géopolitiques d’ampleur qu’il est bien difficile d’appréhender sereinement. Une telle concomitance n’est pas le fait du hasard … Nous n’avons pas terminé d’en mesurer toutes les incidences telles que : les évènements climatiques incontrôlés, l’épuisement des ressources, les famines et migrations, les conflits aux enchaînements dramatiques, le déni des règles du droit international, pourtant embryonnaire ...

La coïncidence entre les actuelles crises et le sabordage tant économique, que géopolitique et démocratique des États-Unis d’Amérique ne font qu’accélérer les processus de délitement sociaux en cours … Ils nous interpellent. Ils laissent l’Europe face à ses responsabilités. À ces préoccupations essentielles, je souhaiterais citer deux économistes étasuniens de renom. Suivant leurs point de vue, l’Europe sous-estime ses capacités propres à s’organiser ; à se prendre en main et s’affirmer pour jouer un rôle de référent, de leadership en vue d’échéances qui s’avèrent proches. Il s’agit d’Adam Posen, Président d’un cercle de réflexion : « L’institut Peterson d’études sur l’économie Internationale » et Joseph Stiglitz, Nobel d’économie 2001, Professeur à l’université Columbia. ce sont deux personnalités avisées et critiques à l’égard de la politique économique incohérente, irréaliste des États-Unis … et concernant nos deux macro-économistes jusqu’à dire que Donald Trump tire une balle dans le pied de l’économie américaine …

Que nos dirigeants européens les entendent ! Il s’impose que l’Europe sache se réinventer, s’unir pour se refonder avec une gouvernance réformée et affirmée. Elle doit enfin exister sur la scène internationale en sa qualité d’entité institutionnelle au même titre que tous les autres États du Monde.

 

À notre modeste mais bien concrète échelle, quelle sera notre dynamique économique pour demain ?

Certes, parler de dynamique économique lorsque les données statistiques s’avèrent pessimistes reste quelque peu illusoire. Le recul du pouvoir d’achat et des investissements productifs, le déficit commercial, l’endettement et le chômage en hausse ; sans oublier la transition écologique incertaine … ce sont autant de données qui alimentent un climat social déprimé. En outre, la démultiplication des actes de désinformation, de manipulations, de mensonges ainsi que la radicalité des comportements amplifient cette perception d’impasse. Ce n’est plus seulement de sursaut qu’il nous faut parler, mais d’une approche plus stratégique et cohérente de l’économie réelle pour établir, fonder de vrais projets d'avenir et durables ; des projets audacieux et qui, certes doivent s'exonérer des logiques de profitabilité à court terme.

D'aucun me dira que c'est une gageure... Pourtant, c'est bien ainsi que s'est reconstruit le monde d'après guerre.

Notre industrie Chartraine en est une héritière emblématique ; un exemple.

Puisque j’ai maintenant quelques années derrière moi, je puis vous dire que Schuman, Monnet, Pleven, Martray, Halléguen en sont les pères fondateurs par leurs actions déclinées depuis l’échelle européenne, nationale, et jusqu’au local. Ils méritent toute notre reconnaissance. Il s’agit bien de cette belle épopée de toute notre histoire industrielle automobile des années 1960 à aujourd’hui.

La restauration de l’économie productive sur des bases nouvelles ne se décrètera pas si facilement. Elle va devoir se structurer et s’organiser sur un temps long. En effet, il faut d’abord retrouver un consensus clair pour mobiliser toutes les compétences des acteurs de notre écosystème territorial. En cela, notre commune doit et peut être un exemple, une plateforme, un socle des possibles ; entre autres avec nos grands acteurs industriels, déjà en phase avec une telle approche stratégique : Schneider-Electric, Stellantis, Suez, Joncoux, Safran qui arrive ; les opérateurs du ferroviaire, Sopra-Stéria et tous les services à l’industrie … C’est dans cette configuration d’enjeux de développement indispensables que pourra se dégager notre horizon au-delà de 2030. De même, il conviendra que nous reprenions très vite une politique dynamique d’accueil et par conséquent d’habitat en synergie avec les emplois productifs et de services déjà créés et à venir sur la commune et toutes ses voisines. En ce sens, notre approche est parfaitement conforme à nos futurs objectifs intercommunaux métropolitains, mais avec cependant l’accord essentiel sur une vision stratégique et consensuelle de l’économie productive et hautement digitalisée ; ce nouveau champ majeur et incontournable, alors que nous sommes au cœur même du défi de la compétitivité internationale et d’enjeux quant à l’assurance de notre souveraineté territoriale ; nationale. C’est une question existentielle. Il faut qu’elle soit entendue et comprise.

 

Mesdames et Messieurs, chers amis, malgré les contraintes, les évolutions si rapides, l’adversité récurrente liée aux crises et mutations, nos agents communaux et intercommunaux ont su répondre pour le meilleur service attendu et bien sûr le développement de la ville, je les remercie en toute sincérité. Ce sont nos alliés, comme tous les agents de l’État, Monsieur le Secrétaire Général de la Préfecture d’Ille et Vilaine. Comme vous le faites en direction de toutes les communes de l’arrondissement de Rennes, vos collaborateurs veillent et nous conseillent.

En notre qualité de commune atypique s’il en est une de par son économie si particulière, je sais l’importance de votre écoute, de celle de la direction des finances publiques, ainsi que de Monsieur le Préfet. Soyez en honorés. Vos qualités nous sont infiniment précieuses.

Nos remerciements s’adressent à vous tous, chers partenaires : de l’immobilier jusqu’aux services, ainsi que de l’industrie. Ensemble vous relevez les défis du redressement du pays.

Gardons confiance en l’avenir avec toute la lucidité qui s’impose dans un Monde qui nous oblige. Soyons réactifs et novateurs. Restons solidaires et volontaires.

Très bonne année à tous.

         Philippe Bonnin, Maire de Chartres de Bretagne

 

« La promesse et l’ambition de ne pas répéter les erreurs qui ont conduit à la tragédie de la seconde guerre mondiale, a façonné pendant des décennies les institutions internationales et la politique de sécurité. Mais aujourd’hui, l’influence de cette histoire s’estompe. Face aux multiples urgences, il n’est pas surprenant que l’Occident soit confronté à son plus grand défi depuis des décennies. Un défi qui se heurte au sentiment d’épuisement civilisationnel dont nos adversaires ont pris conscience, convaincus que leur heure est venue ».

Ce sont des extraits de propos tenus par Radoslaw Sikorski, Ministre des affaires étrangères de la Pologne. « Le Monde » du 28 décembre 2025.



[1] - Période la plus récente du quaternaire, qui succède à l'holocène, et caractérisée par les effets directs de l'activité humaine sur la planète.

 

lundi 22 décembre 2025

Quelle dynamique économique pour demain ?

Parler de dynamique économique lorsque les données statistiques s’avèrent pessimistes reste une gageure. Le recul du pouvoir d’achat et des investissements productifs, le déficit commercial, l’endettement et le chômage en hausse ; sans oublier la transition écologique incertaine … ce sont autant de données qui alimentent un climat social déprimé. La démultiplication des actes de désinformation / manipulations, ainsi que la radicalité des comportements amplifient cette perception d’impasse. Ce n’est plus seulement de sursaut qu’il nous faut parler, mais de la construction d’une approche plus cohérente et stratégique de l’économie au sens noble, pour établir de véritables projets durables et d’avenir.

Voici 15 ans, dans le contexte d’une autre crise, et sur l’interpellation de cadres dirigeants inquiets à propos du groupe automobile implanté à Chartres de Bretagne, nous nous sommes engagés dans une réflexion collective ([1]) avec pour objectif de « prendre en main » notre destin industriel. Courant mai 2012, sur la recommandation d’un alors discret conseiller économique ([2]), le tout nouveau gouvernement de l’époque avait renoncé à « l’État stratège » et par là même aux moyens préconisés qui antérieurement faisaient consensus. 15 ans plus tard, dans nos bassins d’emploi, la restauration de l’économie industrielle sur de nouvelles bases ne se décrètera pas si facilement. Elle va se structurer et s’organiser sur un temps long. En effet, il faut d’abord retrouver un consensus pour mobiliser toutes les compétences des acteurs de notre écosystème économique. En cela, Chartres de Bretagne est un exemple possible, entre autres avec Schneider-Electric, Stellantis, Suez, Joncoux, Safran ; les opérateurs du secteur ferroviaire, Sopra-Stéria et les services à l’industrie … C’est dans ce contexte d’enjeux que se dégagera notre horizon au-delà de 2030. Également, il conviendra de reprendre très vite une politique dynamique de l’habitat, en lien avec les emplois déjà créés et à venir sur la commune et ses voisines. Notre approche peut-être conforme à de futurs objectifs métropolitains.

En 2023, l’absence de discernement d’acteurs du territoire à propos de la digitalisation industrielle, portée par les technologies numériques a conduit la métropole rennaise à rejeter l’opportunité d’investissements. Dix milliards d’euros au bas mot sur trois communes dont Chartres de Bretagne. Tous les voyants étaient au vert : réseaux très haut débit vers l’Europe, production massive d’électricité décarbonée et disponible, opportunité de la valorisation thermique dans l’intérêt des rennais ; 1 000 emplois techniques et un écosystème d’excellence numérique acquis. Le train ne passera pas deux fois avec le même opérateur. Rien n’est potentiellement perdu …

Philippe Bonnin, Maire

[1] - Enrayer le déclin du site automobile France - Association des collectivités sites d’industrie automobile ; juin 2012

[2] - M. Emmanuel Macron

samedi 25 octobre 2025

Décentralisation : nouvelle loi ?

Les controverses sur les choix politiques, économiques et plus largement de société n'ont pas fini de susciter des tensions entre les innombrables tenants d'intérêts opposés. Au centre de ces polémiques, le sens du collectif, les échanges collaboratifs et la solidarité ne semblent plus être des maîtres-mots. Les débats, voire les joutes entre parlementaires sont à cet égard une illustration conforme à l’état du corps social. Toutefois, à bien y regarder, la France n’est pas une exception. C’est un phénomène quasi général qui traverse nos démocraties. Les explications font l’objet d’articles et de livres publiés à un rythme tel que nous serions bien en peine de discerner les bonnes solutions.

L’échelon institutionnel de proximité que représentent nos communes serait-il victime de cet état d’esprit ? Du constat des élus, la réponse est positive. Aucun élu local pleinement engagé auprès de ses concitoyens pour assurer plus de solidarité, plus de cohésion entre tous, ne dira le contraire.

À cet égard, les politiques dites de décentralisation, ont-elles permises de conforter les communes dans leurs missions ? Pour une majorité de maires, la réponse est négative si nous nous en tenons aux sondages publiés par la presse dédiée aux collectivités. Tous les gouvernements qui se succèdent nous promettent un « acte majeur de décentralisation ». En réalité, le dernier (2014 et 2015) ne fut qu’une réforme de rationalisation financière d’inspiration dirigiste ([1]). Il a éloigné le citoyen des lieux de décisions en concentrant le pouvoir local autour des centralités urbaines denses et en instaurant un modèle d’intégration au détriment de la coopération au sens étymologique, comme historique. Sur le plan financier, c’est strictement l’inverse qui s’est produit. Nous avons vu émerger des administrations tentaculaires ([2]).

Le Président du Cercle de la réforme de l’Etat, Christian Babusiaux, vient de s’exprimer dans les termes suivants : « Un nouvel acte de décentralisation ne peut se limiter à une redistribution de compétences » (qui fait quoi) « ni d’ailleurs se centrer sur la recherche de la suppression d’un niveau, dont on sait la difficulté ».

Un tel acte « doit nécessairement comporter des questions comme celles des marges de manœuvre financières des collectivités, de la qualité du service rendu aux usagers ou de la responsabilité des acteurs publics devant les citoyens » ([3]). Tout plaide pour renforcer l’échelon communal et respecter le libre choix de coopération en concertation intelligente avec l’État, tutelle directe des maires.

                                                                                Philippe Bonnin


[1] - Réformes Valls.

[2] - Cf les rapports de la Cour des Comptes

[3] - La Gazette des Communes, Départements et Régions - 21 Oct. 2025

 

lundi 8 septembre 2025

Décidément, où est donc passé « l’esprit humain » ?

Le 25 juillet dernier, Jean-François Bouthors, écrivain et éditorialiste à Ouest France faisait état des méthodes de désinformation / manipulation pour inculquer tout un narratif d’idées réductrices, capables d’emporter l’adhésion, sans la moindre prise de recul ou d’analyse critique … « raconter une histoire non seulement convaincante, mais émouvante, qui crée un attachement au produit de sorte qu'on éprouve le besoin de l'acquérir ». Ce sont là des techniques bien connues du marketing. Au gré des années, très insidieusement, ces techniques s’introduisent dans le champ de la politique ; et l’éditorialiste de poursuivre : « Nous vivons à l'heure des éléments de langage et des récits façonnés par des communicants qui distordent, opacifient ou même détournent le débat démocratique ». Dans un contexte si nébuleux, ombrageux, de quels argumentaires bien construits dispose encore chaque citoyen pour se faire une opinion personnelle et mesurée ? Une opinion libérée de la désinformation omniprésente. Pour Jean-François Bouthors, nous en sommes arrivés à un stade ultime, surtout lorsqu’on se réfère aux déclarations, voire diatribes déconcertantes de personnalités telles Messieurs Trump et Poutine (cités par l’auteur), mais également de tant d’autres populistes qui « pullulent » de par le Monde. Le phénomène n’est pas nouveau, mais son ampleur est d’autant plus ravageuse en ces temps de crises sociales et de propagation des informations à un rythme effréné. Toutefois, convenons en, « Tout ce qui est excessif est insignifiant » ([1]) … mais hélas il en reste toujours quelque chose ([2]).

Veillons donc à ce que notre société ne sombre plus avant encore dans tous ces travers toxiques ; qu’il s’agisse des prises de position à propos de la sécurité, la délinquance, l’ostracisme, le racisme, … en proférant des allégations qui relèvent de la manipulation et même certaines fois du « complotisme » … L’intention manifeste a pour but de nuire, d’ostraciser et bannir les faibles de toutes natures et origines ... Ce n’est pas ainsi que nous construirons une société plus humaine, fondée sur nos valeurs déclinées dans la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Pourfendre nos politiques publiques en matière de solidarité, de droit au logement, à l’éducation, à la culture … ne peut contribuer à préserver « l’esprit de la citoyenneté dans la cité ».

Ainsi, les communes changent, la nôtre également avec ses particularismes industriels bien réels, et d’enjeux déterminants pour l’économie locale et au delà. Voici déjà plus d’un demi-siècle, les salariés des usines Citroën venaient du monde rural depuis la Bretagne, les Pays de la Loire et la Normandie. À l’heure de la mondialisation, ils arrivent de tous les continents ([3]). Ils représentent le tiers des effectifs dans les usines et ne prennent la place d’aucun. En effet, des générations sont parties et de nouvelles arrivent ; certes différentes. J’ajoute que les industries ont toujours été un facteur déterminant d’intégration sociale. À cet égard, les pourfendeurs de cette réalité, pourtant essentielle à la préservation de nos modes de vie privilégiés ([4]) dans un monde globalisé, n’ont en tout et pour tout que la vision de certains propos de comptoir. Au final, quel rôle jouent réellement ces gens dans une communauté humaine qui nous fait honneur, parce que responsable et solidaire, et telle que nos pères l’ont voulue ? Avec un état d’esprit aussi désolant, promouvoir la nostalgie d’un passé irréel, déformé à souhait … peut-il relever d’un véritable projet de société, résolument tourné vers l’avenir ?

Philippe Bonnin, Maire



[1] - Talleyrand-Périgord (1754 - 1838).

[2] - Inspiré de propos tenus par Voltaire en 1736 : « mentez mes amis, mentez, je vous le rendrai un

    jour » puis interprété par « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ».

[3] - Schneider, Joncoux, Stellantis, demain Safran et d’autres en réflexion après des années sans

     projet.

[4] - des groupes industriels renoncent à investir, faute de main d’œuvre locale.

samedi 12 juillet 2025

Safran Airfoils s'implante à Chartres de Bretagne

Pose de la 1ère pierre - 11 juillet 2025

L'histoire de l’industrie contemporaine présente à Chartres-de-Bretagne est intimement associée aux choix d'aménagement du territoire national, ainsi qu’à la planification économique, durant les premières décennies d’après guerre. Il s’agissait bien sûr des politiques de reconstruction d’une Europe exsangue.

En juillet 1958 il fut décidé du transfert des usines Citroën alors présentes à Paris - quai de Javel vers Chartres-de-Bretagne. Le périmètre foncier de l’entreprise occupait alors le tiers de notre modeste surface communale qui accueillait tout juste 1 000 habitants.

Dans le contexte de la modernisation / mécanisation de l’agriculture, du développement de l'agro-industrie, de la métallurgie dédiée à la fabrication de biens d'équipement, et la construction automobile très précisément chartraine, nous avons traversé un « âge d'or » reconnu comme tel et que d'aucuns ont aussi appelé le « miracle économique breton » ; lui-même au cœur d'une dynamique plus globale : les « 30 glorieuses ». Naturellement, ce sont des temps révolus depuis justement 3 décennies.

Ainsi notre industrie communale, particulièrement dépendante de marchés cycliques et de plus en plus concurrentiels a dû s'adapter, se moderniser, et plus encore durant ces récentes années : intégrer tous les standards des technologies numériques les plus avancées pour mieux assurer sa pérennité. Ces mutations se déroulent à l’heure actuelle sous l’évidente contrainte d’une mondialisation des marchés dont on connaît les crises récurrentes et l’inéluctable instabilité. Ainsi, nous avons connu des périodes antérieures à la limite des ruptures … Toutefois, en ces heures de satisfactions fort bien justifiées, Je n’aborderai pas les débats, si ce n’est les controverses au cours de toutes ces 15 dernières années à propos de la destinée industrielle de Chartres de Bretagne.

Bien plus qu'antérieurement, il est aujourd’hui acquis qu'il n'y a plus d'avenir économique durable sans une indispensable capacité à accompagner le changement. C’est un changement qui s’opère grâce à la diversification des activités industrielles et à l'évolution des compétences, parfois même à marche forcée au regard de l’urgence environnementale.

À cet égard, le groupe Safran représente à nos yeux une nouvelle et belle opportunité de développement, comme de diversification d'échelle industrielle majeure.

Mesdames, Messieurs les dirigeants du groupe que vous représentez, si le présent défi pour réussir cette implantation vous appartient, il l'est également pour nous en termes d'impératif d'adaptation à vos besoins en moyens et compétences technologiques. J’ai d’ailleurs pu en apprécier l’exigence qualitative et les savoir-faire requis lors de ma visite à Gennevilliers.

Il s'impose à tous que le résultat soit au rendez-vous. C'est un beau challenge. Je vous assure que nous serons à vos côtés pour qu’il soit réussi. Nous avons pu le vérifier, nous partageons la même culture industrielle. Alors, bienvenue dans ces lieux chargés d’histoire ouvrière ; un lieu d’ingénierie qui sait s’adapter, innover et autant que nécessaire se réinventer

 Philippe Bonnin, Maire de Chartres de Bretagne

mardi 1 juillet 2025

Nouveau tournant pour l’économie industrielle chartraine ?

Les habitants qui ont connu les belles heures des usines Citroën savent également ce que fut le choc de la crise survenue en 2008. Elle perdura jusqu’en 2020 … Notre mobilisation, dès la première heure n’a pas été sans obstacles totalement improbables de la part d’acteurs politiques locaux. Étaient-ils déjà devenus insensibles à la réalité d’une culture industrielle et ouvrière, certes récente, issue des grandes migrations agricoles des années 1960 ? À l’époque, nous parlions de « l’exode rural » !

Durant ces 65 dernières années, il m’importe de rappeler que sans la présence de toute cette dynamique industrielle, rien n'aurait été possible en termes de moyens financiers à disposition de la collectivité, et plus encore pour l’agglomération rennaise et bien au-delà ([1]). Une telle économie productive nous a permis de disposer d’un potentiel de développement incomparable pour réaliser un espace de vie très qualitatif, empreint de solidarité et de services conséquents comparés à notre taille démographique ; qu’il s’agisse d'éducation, de culture, de sport, … qu’il s’agisse également de nos initiatives en direction de l'environnement, telles la préservation de la biodiversité et la transition écologique.

Concernant notre soutien à l’économie locale, notre engagement est historique et constant. Construire un modèle d’industries et de services vertueux est un devoir d’élu. Ce sont des politiques qui s'appuient sur les métiers et savoir-faire d'un territoire mobilisé, réactif et agile. C’est une implication qui se compte en nombre d’années. À cet égard, n’oublions pas le millier d’emplois créés en 20 ans sur le parc de la Conterie, dont Sopra-Stéria et Schneider Electric qui sont en pleine croissance.

Concernant nos ressources budgétaires, jusqu’au terme de 2020 nous avons pu tenir le cap avec une stabilité du potentiel fiscal de la commune en foncier bâti industriel ([2]). Mais hélas, depuis 2015 et à la faveur des lois de métropolisation « Valls », le pôle industriel de Chartres de Bretagne fait l’objet de débats et plus encore de controverses autour d’un pacte politique confus entre certaines composantes du Conseil municipal de Rennes et par extension métropolitain. L’opposition à l’implantation d’une fonderie Safran illustre cette absence de visées stratégiques en matière de développement économique territorial. Il en est de même pour les datas centers écartés sans arguments fondés. Fort heureusement, notre proximité avec les directeurs des établissements chartrains, groupe Safran compris, nous permet de porter plus d’espoirs que de doutes à propos de nos filières stratégiques et d’enjeu local comme international. D’autres nouvelles sont à venir.

Enfin, pour la commune de Chartres de Bretagne, la réalité immédiate est très simple : les neutralisations, déclassements (friches) et destructions d’espaces bâtis sur le parc industriel ont réduit de 600 000 € / an nos recettes fiscales depuis 2023. Nous avons déjà communiqué à ce sujet lors des présentations budgétaires.

Avec les constructions industrielles projetées, le retour à de meilleures ressources financières ne reviendra qu’à partir de 2028 - 2029 au plus tôt. Autant dire que les années prochaines seront encore difficiles.

Pour conclure, nous sommes confrontés à cet immense défi que représente l’implacable réalité d’une France désindustrialisée, tenaillée par sa dette publique. Serait-ce donc la fin d’un cycle que certains espéraient vertueux voici 30 ans avec cette grande illusion d’une France sans usines ? ([3]). Disposons-nous encore du génie technologique et industriel qui soit capable d'impulser une nouvelle dynamique d’innovation et de créativité lumineuse pour une planète durable et qui plus est, pour une humanité en paix ? Tenons le cap de l’optimisme.

Philippe Bonnin, Maire



[1] - Le bassin de recrutement des 12 à 14 000 emplois directs couvrait la totalité du département d’Ille et Vilaine et au-delà. En 2010, le reversement de l’écrêtement de la taxe professionnelle chartraine aux communes était de 230 M€.

[2] - Le dernier impôt des communes depuis 2021

[3] - La France sans ses usines. Patrick Artus et Marie-Paule Virard. Editions Fayard - 2011.