lundi 15 juin 2026

Retournements économiques et mutations technologiques. Les enjeux pour les emplois d’avenir .

 Retournements économiques et mutations technologiques.

Quels enjeux pour les emplois d’avenir ?[1]

Le 8 Juin 2026          Philippe Bonnin

 

Nous sommes entrés dans une économie mondialisée, sujette aux retournements géopolitiques incessants.

Il serait difficile d’engager une réflexion sur les métiers d’avenir, sans porter une attention particulière à l’histoire des techniques. Ce sont en effet les innovations technologiques et leurs usages appropriés qui préfigurent les qualifications opportunes dans une époque donnée. Ainsi, il est intéressant d’appréhender la façon dont s’opère cette relation particulière entre les connaissances, les moyens à disposition et les savoir-faire.

Observer la manière dont s’inscrivent de telles synergies dans une économie nous intéresse parce qu’elles conditionnent et structurent les formes d’organisations sociales et leurs perspectives de développement. Pour ce faire, nous souhaitons développer la présente contribution dans le contexte d’une approche globale ou systémique.

En l’espace de 4 décennies, la contribution de l’industrie dans le Produit Intérieur Brut (PIB) de la France est passée de 25 % à 11 %. Selon les estimations statistiques, la perte d’emplois a été de 2 à 2,5 millions sur un total de 30,4 millions en 2024 (Voir en dernière page quelques données de l’INSEE).

Confrontées à une concurrence internationale toujours plus vive, Les entreprises ont délocalisé et / ou sous-traité une part croissante de leurs fabrications. C’est un échec national. Toutes les conséquences font l’objet de constats, débats et recommandations sans réels retournements. Ainsi, ce sont les déficits commerciaux, des comptes publics déséquilibrés générateurs d’une dette abyssale, l’absence de résilience et la perte de souveraineté …

Au gré du temps, les emplois industriels ont été dépréciés. Les formations techniques sont dévalorisées et délaissées au bénéfice du très large éventail des formations en sciences sociales. Suivant toutes les études prospectives, l’Intelligence Artificielle générative va justement remettre en cause certains métiers tertiaires de service. Quant au secteur productif, il sera lui-même appelé à évoluer très vite avec l’automation / robotisation et bien sûr la digitalisation des process.

Pour autant, il y a une forte probabilité du retour des emplois techniques à haut potentiel de compétences techniques et scientifiques. Ce sont des métiers d’expertise et d’interventions opérationnelles au sein de toutes les chaînes de valeurs. Une telle évolution pourrait conduire à la revalorisation des savoir-faire techniques et industriels. Il s’agit d’une réelle opportunité de réindustrialisation et de reconquête des marchés perdus.

Conférence tenue à l'invitation du Rassemblement des sociaux démocrates et écologistes. Le 8 juin 2026 à Rennes.

 

1 - De l’anthropologie des techniques, emplois et sociétés.

À l’aune de temps reculés, les communautés humaines survivaient avec des outils rudimentaires et des règles d’organisation sociale strictes. Selon toute vraisemblance, leur pérennité était assurée en l’absence de grands bouleversements naturels ou conflictuels. Il s’agissait pour l’essentiel de s’adapter à la précarité de la vie en des milieux inhospitaliers.

L’usage d’outils, bien qu’archaïques suivant nos codes actuels, sollicitait une certaine compétence, adresse ou dextérité … Celles-ci se déclinaient en une somme de connaissances et justifiaient que soient transmis tous les savoir-faire en adéquation avec les nécessités de la survie. Ainsi, la plupart des travaux de la recherche anthropologique ont relevé des formes d’organisation par métier et corporations : les chasseurs, les forgerons, les tanneurs …

En quelque sorte, notre attention portée aux premiers temps humains nous rappelle que l’acquisition de moyens techniques et leurs usages s’intégraient dans une société particulière, selon des critères qui répondaient aux conditions de vie d’une époque donnée. Depuis le Paléolithique supérieur (de - 40 à - 10 000 ans) et jusqu’au Néolithique, l’ère de la sédentarisation (- 6 000), le passage d’un état de technicité à un autre plus élaboré pouvait se mesurer à l’échelle de millénaires. Les limites à l’évolution des techniques étaient sujettes aux contraintes des milieux, leurs ressources et conditions de vie. Également, ne négligeons pas toutes les pesanteurs d’une organisation sociale très certainement réticente aux initiatives d’indépendance, susceptibles d’inciter des changements dans l’équilibre des pouvoirs … De la révolution technique à la révolution sociale !

Assurément, rien n’est comparable avec notre époque, hormis dans certains espaces géographiques isolés du reste du Monde. Toutefois, si nous convenons d’évaluer les trajectoires historiques depuis les sociétés premières, il subsiste bien cette constance de liens récurrents entre :

·       l’organisation sociale,

·       la nature des techniques en place avec leurs usages

·       les fonctions ou emplois identifiés.

En quelque sorte, il nous appartient d’observer comment les communautés humaines s’organisent, structurent la hiérarchie des pouvoirs dans un espace ou territoire au sens des « bassins de vie ».

Durant toutes les époques, de nouveaux acquis sont venus se greffer au moyen d’échanges liés aux migrations. Il s’en est suivi l’extension des bassins de vie, tant sur le plan géographique que démographique.

Bien que réductrice, une telle approche nous permet de prendre la mesure de l’importance sans égal des évolutions au cours du temps avec la complexité de ce que représentent :

·     la réalité des moyens techniques actuels,

·     la dimension sociétale qu’ils sous-tendent,

·     et toutes les mutations économiques qui ont été requises pour s’adapter aux contextes de chacune des époques successives.

 

2 - De nos organisations contemporaines.

De notre point de vue, nous sommes entrés dans une période singulière comparée aux temps antérieurs. L’enchaînement des cycles de développement, soutenus par l’évolution de rapports sociaux perméables à l’innovation, n’a pas d’équivalents identifiés.

Personne n’en doutera, les bassins de vie sont autrement plus difficiles à décrire, analyser et interpréter. En effet, nos sociétés contemporaines se sont régulièrement ouvertes aux apports successifs en matière de connaissances scientifiques et techniques. Il s’en est suivi de nouveaux usages et métiers. Dans notre langage d’époque : nous parlons de transferts des techniques, comprenant le savoir-faire associé à leurs usages ; ces deux termes étant réunis dans le concept de technologie, selon notre pratique.

Comment qualifier la période actuelle ? Avec la prudence et tout le discernement utile, ce pourrait être d’apprécier ce constat d’une certaine levée d’obstacles aux processus d’évolution des techniques et compétences. En effet, une part des freins sociaux, fondés sur quelques dogmes pour partie intangibles sont levés. D’une certaine manière, ils confinaient les groupes humains au sein de modèles d’organisations plutôt réfractaires aux changements des usages et pratiques.

Depuis le XVIIIème siècle, nous sommes entrés dans un contexte favorable aux évolutions des pratiques, des emplois et de l'économie en conséquence. Ce furent de grandes révolutions techniciennes puis sociétales. À l’évidence, notre sujet n’est plus celui du passage de l’économie de la cueillette à l’agriculture, mais bien celui de l’épopée industrielle du XVIIIème jusqu’au XXème siècle. C’est une trajectoire hors du commun dans notre histoire multimillénaire.

Elle se traduit par :

·       de nouveaux usages des ressources en énergies diversifiées,

·       l’avancée sans égal des connaissances scientifiques et leurs applications techniques.

L’essor des industries, piliers majeurs de la formation de la valeur, a généré une puissante dynamique, facteur de création d’emplois dans la production de biens et de marchandises. Les métiers de la production ont ainsi connus un véritable âge d’or. Très rapidement, ils ont induit le développement des emplois dans les services, tant marchands que publics ; les administrations, l’éducation, la santé, …

GÉOPOLITIQUE

Depuis la seconde Guerre Mondiale, les tensions internationales n'ont que très rarement atteint le stade actuel.

Pour autant, rien ne permet de comparer ces tensions aux multiples évènements de la Guerre Froide (1945 - 1990). Durant cette ultime période critique du XXème siècle, il s’agissait d’oppositions idéologiques, fondées sur des corpus théoriques très structurés. Elles nourrissaient des antagonismes manichéens réduits à l’Ouest capitaliste et l’Est communiste. Les ambitions expansionnistes se manifestaient au travers du soutien aux organisations en lutte pour le contrôle des nouveaux États. Ces États issus du démantèlement des empires coloniaux. Même violents, de tels conflits étaient qualifiés de « périphériques », puisqu’au final ils évitaient les affrontements directs entre les deux « blocs ».

L’effondrement du régime soviétique a précipité la fin de ces deux concepts manichéens de la gouvernance mondiale, à quelques exceptions près. Ce fut le terme de la Guerre Froide.

En ce qui concerne les actuelles coalitions, elles s’avèrent autrement plus illisibles, instables … Des présentes alliances à « géométrie variables », on retiendra une certaine forme de retour aux antagonismes culturels, identitaires, ethniques, voire même religieux … Évaluer et juger de toutes ces périodes de l’histoire contemporaine peut nous aider à mieux comprendre le présent pour nous projeter dans un avenir on ne peut plus hypothétique.

 

Ci-après, nous reviendrons sur le premier quart du présent siècle.

 

3 - Nous sommes confrontés à un modèle culturel, technologique et économique, étendu à l’échelle du Monde.

En 1995, la création par 128 États de la très libérale Organisation Mondiale du Commerce (OMC) ([2]) a permis l’ouverture des marchés à l’échelle internationale. En 2004, du fait de son poids démographique et la montée en moyens et compétences de son industrie, l’adhésion de la Chine a consacré le parachèvement de cette construction inédite. En moins de 20 ans, la dynamique de la mondialisation économique aura permis la survenue de nouvelles puissances industrielles, grâce aux délocalisations et à leur accès aux marchés des pays « développés » ([3]). Un processus largement facilité par les accords de l’OMC. Des pays considérés « émergeants » au début de l’actuel XXIème siècle ont accédé au statut sans conteste de puissances économiques. Il s’agit entre autres des BRICS ([4]).

À ce stade, il nous faut rappeler que les courants de la pensée monétariste des années 1970 - 80 ([5]) ont exercé une influence considérable sur les politiques économiques. Leurs inspirateurs préconisaient le libre exercice des règles du marché, accompagné de la dérégulation financière et le renvoi du rôle de l’État à l’histoire. Ces penseurs économistes ne sont pas étrangers au déclin récurrent de nos chaînes de valeurs productives. Toutes les conditions ont ainsi été réunies pour que s’instaurent les processus de délocalisations industrielles vers les pays à moindre coût social et environnemental.

Les leçons de la grande crise de 1929

Il a fallu des millénaires pour franchir les premières étapes, puis des siècles, et maintenant : tout juste quelques années … voire même quelques mois ! Ainsi, l’enchaînement des innovations / applications / mutation s'est terriblement amplifié ; notoirement depuis les années 1930, à l’issue de la 1ère grande crise du capitalisme d’accumulation. Cette crise a rebattu les cartes, entre autre avec le choix de l’intervention publique (le New Deal de la Présidence Roosevelt) et de nouvelles contributions économiques, dont celle de Keynes et ses successeurs. La dynamique du développement économique accompagné d’innombrables innovations s’est ensuite diffusée au gré des décennies et années à l’échelle des pays, des continents, puis du Monde. Sommes-nous parvenus à la même situation en termes d’accumulation du capital non redistribué, ni réinvesti ? En 1929, s’il s’agissait d’un contexte étasunien élargi, l’actuel problème est à l’échelle du Monde …

Enfin, il convient de nous rappeler qu’à l’issue de l’acte fondateur de l’OMC, des dirigeants économiques et même politiques ne tarissaient pas d’éloges et satisfactions à propos de la survenue d’une certaine modernité de la société qui se préparait à devenir « post industrielle » … Dont acte !

L’heure est au constat : Ce sont la désindustrialisation, le chômage chronique, l’endettement public, la désertification de bassins de vie & emplois, la résurgence de poches de pauvreté, le déclassement social … L’aboutissement extrême de ces faits contribue à l’émergence d’économies de survie, voire même souterraines. Sans les développer ici, nous savons que de telles situations font vaciller nos démocraties au bénéfice d’autocraties autoritaires.

Enfin, dans le contexte des actuelles tensions internationales, il n’est pas anodin de relever que la Chine est également en recherche de solutions à sa politique de l’offre dont les débouchés sont plus qu’à la peine. Il ne s’agit donc plus seulement de simples questions de conjonctures mais bien d’une crise structurelle. Pour autant, ceci ne met nullement en cause l’avance technologique incontestable de l’aire asiatique. Elle ne se limite bien sûr pas à la seule Chine.

 

 Les enjeux actuels.

 

Nous assistons à des antagonismes de vision du Monde qui déstabilisent l’équilibre géopolitique planétaire. Nous sommes entrés dans une société globalisée où la force supplante le droit, où les règles de la coopération multilatérale, selon l’esprit des Nations Unies sont remises en cause.

Érigés comme d’ultimes moyens de pression, nous subissons les embargos sur les matières premières, l'énergie et ses produits dérivés, sans oublier les composants de haute technicité. De tels blocus neutralisent des filières de productions essentielles. Ce sont également des facteurs d’inflation aux conséquences très préjudiciables en termes de pouvoir d'achat pour les catégories sociales les plus modestes. En outre, ces crises ont des répercussions extrêmes sur l’environnement, et pas seulement dans les zones de conflits exacerbés.

 

1 - Changer de paradigme, un défi pour l’avenir.

Nos modèles économiques intégrés dans la dimension globale des échanges internationaux de bien et services sont ainsi fragilisés. Confrontés à cette réalité, la recherche d'une moindre dépendance aux marchés mondiaux revient dans le débat.

En quelque sorte, nous atteignons les limites de la mondialisation. Garantir plus d’indépendance pour notre accès aux ressources et biens essentiels, s'avère aujourd’hui plus que nécessaire. C'est un enjeu de résilience ; de souveraineté concernant nos économies. Cette problématique concerne toutes nos filières productives ou chaînes de valeur.

Un état des lieux exhaustif devra très vite trouver toute sa place pour que nous dégagions d’autres perspectives, afin de pouvoir infléchir les orientations de nos modèles économiques et financiers dépendants à l’excès d’importations. C’est d’autant nécessaire qu’ils ne répondent plus aux enjeux de la cohésion sociale. La réduction des inégalités devient un impératif.

C’est une réalité qui nous invite à reconsidérer nos modèles productifs au moyen de choix technologiques à redéfinir ou réinventer pour mieux se les réapproprier. Il s’agit d’une préoccupation d’importance, pour enrayer le présent déclin ; ceci dans le but d’impulser le retour à une croissance fondée sur d’autres potentialités d’accès aux ressources, biens et services. Le sujet est d’évidence indissociable d’un nouveau contrat social à établir.

 

2 - Pour le retour de l’État stratège.

Inspiré par l’esprit fondateur de l’Union Européenne, l’État stratège des années 1950 - 60 n’est plus … Est-ce aujourd’hui une préoccupation partagée que de garantir l’accès aux ressources essentielles, ainsi qu'aux technologies indispensables pour restaurer une économie productive, digne d’une telle identité ?

Nous attendons une économie qui se dote :

·       des meilleurs moyens techniques, facteurs de compétitivité,

·       des process de production vertueux, tant sur le plan environnemental que sociétal.

Avons-nous encore toutes les capacités pour concevoir ces moyens, les fabriquer et les développer ? C’est un immense défi pour l’avenir … c’est un enjeu de souveraineté ; une expression fréquemment usitée de nos jours …

Enfin, dispose-t-on à date de la détermination pour nous assurer d’une telle reconquête en connaissances et compétences. Il s’agit de refonder les filières productives avec des standards novateurs, de qualité et compétitifs … À titre d’exemple : concevoir et rendre efficiente l’usine digitale du futur.

S’inscrire dans cette perspective est incontournable parce que nous sommes parfaitement conscients qu’il serait illusoire de nous extraire d'une économie ouverte, telle qu’elle s’impose aujourd’hui à notre détriment. Certes, il convient donc de nous inscrire dans le cadre de l’économie mondiale actuelle, mais toutefois en nous donnant les moyens de la réguler. En d’autres termes : sortir d’un libéralisme absolu, destructeur de nos propres capacités productives.

Ce ne peut être qu’à l’échelle d’une Europe restaurée dans ses valeurs et fondements initiaux que nous pourrons agir efficacement. C’est le retour à l’esprit fondateur de la reconstruction européenne d’après la seconde guerre mondiale.

Innovations de performance / compétitivité et innovations de rupture

Il importe de distinguer l’innovation d’efficience technique qui contribue à la performance, comme la qualité d’une part et l’innovation de rupture d’autre part. Cette dernière, induira des évolutions notoires et indispensables en matière d’acquisitions de nouvelles compétences. De même, la « rupture » peut induire une redéfinition des modèles économiques. Ils peuvent ainsi nous projeter dans un cycle de synergies nouvelles. Toutefois, ce sera très certainement sous réserve d’une approche du juste équilibre dans la redistribution des ressources acquises ou résultats financiers. À défaut, nous retomberons dans ces travers qui ont abouti à la crise financière de 1929.

 

3 - Révolution dans les métiers.

Pour franchir les étapes à venir, il importe que nous puissions acquérir de nouvelles compétences. Naturellement, ce sera très certainement une révolution dans l’univers de tous les champs de nos métiers. L'intelligence artificielle n’y sera pas étrangère à condition bien sûr d’en être les acteurs. À cet égard, nous devrons nous affranchir de certaines puissances capitalistiques dominantes, dont les objectifs font craindre des objectifs ou finalités idéologiques apparentés aux diverses formes de montées du suprémacisme.

En cette période du terme d’un cycle de développement, nous sommes confrontés à nombre de contraintes difficiles à surmonter.

Bien sûr, la mobilisation de la Recherche et Développement (R & D) pour dépasser les actuelles limites et engager des alternatives ne faiblit pas. Toutefois, c’est au prix d’efforts toujours plus intenses. En quelque sorte, nous sommes confrontés à cette problématique bien connue des rendements décroissants, caractérisés par des efforts toujours plus soutenus pour atteindre une efficience avec des résultats proportionnellement moindres … À cet effet, les innovations de rupture représentent un enjeu de dépassement pour répondre aux défis.

Enfin, pour ce qui concerne le contexte de la crise environnementale, il s’agit de rechercher de nouveaux équilibres à destination de nos écosystèmes relatifs au vivant ; humanité comprise. Il s’agit d’une préoccupation prégnante, soumise aux pressions de la course insatiable aux ressources. Une telle compétition devient un enjeu de spéculations, de défis et plus encore de confrontations pour accéder l’hégémonie économique ; la nouvelle forme de l’impérialiste contemporain.

Ainsi, nous en revenons aux atavismes d’un monde de prédation : « Forer, creuser encore », contrôler et s’approprier de nouveaux espaces, tant terrestres que maritimes ; tel est le leitmotiv parfaitement identifié chez certains tenants des pouvoirs ou prétendants à les tenir.

Nous sommes entrés dans l’ère de l’anthropocène où l’Homme tient entre ses mains le destin de la planète. D’ores et déjà, la 6ème extinction de masse du vivant est en cours ; Tous les scientifiques sont unanimes à cet égard.

Il nous faut inciter les chercheurs et ingénieurs à rester ici ou à venir s’y installer dès lors que nous mobilisons nos énergies en matière de recherche et d’innovation pour appréhender toute le spectre des technologies porteuses d’avenir, et voire plus : de rupture.

Certaines fonctions vont disparaitre, des métiers devront se régénérer et d'autres advenir. Également, il nous faudra repenser nos savoir-faire relatifs au pilotage des nouveaux modèles productifs révisés au moyen de l’automation. Certes, nombre d'emplois de service vont être réduits, voire même disparaître. Pour autant une autre part d'activités de services sera très justement confortée dans les champs de la maintenance, de l’aide aux personnes et plus globalement de la santé et de la solidarité intergénérationnelle. Enfin, ne délaissons surtout pas les métiers de l’éducation, des formations tant généralistes que scientifiques et techniques pour assurer la recherche et l’appropriation des savoir-faire … De même, il nous importe de rappeler que l’emploi est certes un enjeu de pouvoir d’achat, mais tout autant, et plus : d’insertion, comme d’intégration sociale.

 

Revenons-en au bilan de ce premier quart du XXIème siècle. Il est d’ores et déjà singularisé par la montée en puissance des moyens de calcul sans égal avec des outils numériques, toujours plus performants ... Ils permettent l’accès à de nouvelles étapes de la révolution cognitive en cours, assistée au moyen du développement de l’intelligence artificielle (« IA »), les LLM ([6]) ... Le sujet s’invite dans notre quotidien avec force de débats philosophiques traitant de la pensée transhumaniste … ; « l’homme augmenté » ! … Avec plus que des interpellations et inquiétudes, nous nous rapprochons des théories de l’eugénisme …

Au stade du présent débat, il ne nous semble pas opportun de considérer formellement quels sont les emplois qui vont disparaître, se maintenir ou survenir. Rien ne peut, ni doit être figé !

C’est au moyen d’une approche d’abord pragmatique et lucide qu’il nous faut aborder les actuels défis, pour mettre en échec toutes ces avancées et propositions démagogiques ; ces programmes ou projets politiques qui prétendent régler les problèmes de notre société avec moins de démocratie et plus d'arbitraire, fatalement dénué de certaines formes d’intelligence, tant sociales que techniques. Il est urgent de mettre notre économie et tous ses acteurs au service de nos attentes sociétales, empreintes de valeurs humanistes. Évidemment qu’il restera de notre responsabilité collective d’assurer toutes ces adéquations ; et autant que possible avec cohérence et intelligence.

De notre point de vue, tout ceci n'est pas contraire, antinomique, avec les enjeux de retrouver l’efficience de nos chaînes de valeur. Ce sont nos gages pour une nouvelle compétitivité qui se doit d’être vertueuse, grâce entre autres à l’innovation pour plus de qualités déclinées dans l’intérêt de la vie au sens très large … pour une planète durable !

D’ores et déjà, n’avons-nous pas à nous mobiliser sur l’enjeu de la reconquête de nos marchés intérieurs ? Il s’agit là « d’une sortie par le haut ». Il est encore temps d’y croire. Nous en appelons de tous nos vœux pour construire une société ouverte, vertueuse, prospère, résolument tournée en direction d’un avenir de responsabilité. Nous sommes parfaitement conscients qu’il s’agit d’un changement de paradigme … Mais qu’elles sont les autres alternatives réellement fidèles à nos valeurs humanistes ?

 

Les emplois de demain devront-être au rendez-vous ; pour autant, ils seront différents. Il nous faut d’évidence une société en mesure de les anticiper et les préparer ; une société capable de se régénérer.



 

À propos de l’Intelligence Artificielle

Le 1er juin 2026, le journal Le Monde publiait l’analyse de Stéphane Lauer, éditorialiste, à propos de l’encyclique « Magnifica humanitas » de Léon XIV. Nous en retiendrons que : « Le pouvoir politique est soumis à des injonctions contradictoires.

·      D’un côté, la pression d’une course mondiale à la puissance algorithmique : maîtriser les infrastructures de calcul, sécuriser l’accès aux données, produire les unités de données traitées par les modèles d’Intelligence Artificielle (tokens), sous peine de dépendre d’une puissance étrangère ou d’acteurs privés poursuivant leurs intérêts. L’IA devient un attribut de la souveraineté, au même titre que l’énergie ou l’armement. Renoncer ou ralentir conduirait à un déclassement irrémédiable.

·      De l’autre côté, une exigence tout aussi impérieuse, mais politiquement plus complexe à satisfaire : protéger l’humain, contenir les effets sociaux d’une technologie qui menace l’emploi, le financement de l’État-providence, fragilise la démocratie et accroît de façon insoutenable l’empreinte carbone. Avec l’IA, l’humanité dispose d’un pouvoir inédit d’orienter son destin, tout en restant peu armée pour se protéger d’effets collatéraux existentiels ».

 



 

Un développement hors de contrôle ?

Dans un article publié par Médiapart le 20 juin 2026, Romaric Godin, journaliste économique fait son deuil de l’institution d’organismes de régulation des usages de l’Intelligence Artificielle. Les appels de quelques 2 300 mathématiciens à l’échelle internationale ([1]), de 150 personnalités du monde de la culture en France et bien sûr de Léon XIV n’y feront rien. Selon Godin, c’est le principe même de la fonction sociale de cette technologie qui est néfaste. Il s’appuie entre autres sur une étude du « Massachussetts Institute of Technology ». Elle recueille l’avis de 272 experts issus de trente-neuf pays (2). Sont ainsi identifiés les « risques catastrophiques liés au développement de l’IA pour l’armement, les cyber-attaques ou encore la création et la dissémination de fausses informations sophistiquées ». Et l’auteur de poursuivre : « c’est ignorer ce qu’est ce supposé progrès ... aucune technologie n’est neutre, elle est le produit de la traduction sociale du travail scientifique, ainsi que de l’orientation (sociale) de ce même travail. Les sciences dures s’inscrivent dans une société … et l’intelligence artificielle vient répondre aux besoins de notre société organisée autour du capital et de son accumulation ». Également, et tel que nous le considérons : l’auteur souligne que « l’intérêt du capital en est la priorité … ». Ainsi, « la logique en est inversée ; on ne part pas des besoins réels et concrets des hommes pour développer et utiliser la technologie (l’IA en l’occurrence {*}), mais on les définit à partir de la technologie (pensée ou vision {*}) capitaliste ». Et d’insister : « ce renversement de la logique est propre au fonctionnement de notre société ... Et dès lors, les appels à la régulation, à la création d’une « bonne IA » … sont vains ». Et de conclure : « L’IA est un besoin du capital, et pour satisfaire ce besoin, la fuite en avant technologique n’est pas une « dérive » ou un « effet indésirable » que l’on pourrait contrôler, c’est une nécessité centrale … L’IA est par nature une machine qui falsifie le réel pour mieux le construire à son image. Le monde de l’IA est celui de la mystification parce qu’il est celui d’un capital aux abois qui ne peut plus supporter la contradiction … Le piège se referme donc. En voyant l’IA comme un progrès humain alors qu’il n’est qu’un progrès du capital, on refuse de voir l’essentiel. Il ne peut donc y avoir qu’un combat qui vise directement l’IA dans son principe organisateur, celui de la société renversée du capital. Le reste ne sera que gesticulations vaines ».

 

([1]) - Déclaration de Leyde (Pays-Bas).

(2) - publiée le 3 juin 2026.

{*} NDLR.

Pour consulter notre point de vue à propos des infrastructures numériques que sont les Data-Centers :

 

http://philippebonnin.blogspot.com/2025/03/competitivite-de-notre-economie-les.html

 



 

 

Document issu de la publication « Emploi, chômage, revenus du travail ».

Institut National de la Statistique et des Études Économiques (INSEE)

Direction de l'Animation de la recherche, des Études et des Statistiques (DARES°)

Édition 2025

 


Conférence tenue à l’invitation du rassemblement des sociaux-démocrates et écologistes, le 8 juin 2026 à Rennes.

([2]) Elle succéda à l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT).

([3]) Ce furent en priorité les marchés de l’aire occidentale de la 1ère révolution industrielle ; principalement l’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord.

([4]) BRICS : Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud.

([5]) L’école de Chicago inspirée par les théories néo-classiques du libre marché. Elle réunit des économistes contradicteurs de Keynes, tels Knight, Hayek, Friedmann ...

([6]) LLM : Large Language Model. Modèle d’apprentissage automatique, capable de comprendre et générer des textes en langage humain.

mercredi 4 mars 2026

Budget communal 2026

À l’issue de débats parlementaires aussi incertains que confus, le budget de l’État a été adopté le 2 février 2026 (suivant l’article 49.3). Fort heureusement, le Sénat a introduit plusieurs amendements qui réduisent les conséquences les plus défavorables pour les finances communales. Dans son bulletin mensuel, l’Association des Maires de France (AMF) fait état d’un « budget sans cohérence, ni visibilité pour les collectivités locales … Appelées à contribuer au redressement des comptes publics, elles subissent de nouvelles ponctions sans que la situation financière de l'État ne s'améliore depuis 15 ans ». En 2026, il ponctionne les collectivités par des prélèvements et baisses de compensations d’impôts supprimés ou modifiés au gré des années.

En 2021, le Gouvernement a réduit de moitié la valeur des bases du foncier bâti des locaux industriels. Il s’était engagé à compenser la perte de produit pour les communes. Nous concernant, l’impact est considérable. Ce sont 2,78 millions d’euros (M€) de compensation dont 1,60 M€ qui reviennent directement à la commune. Pour 2025, sous l’effet de la désindustrialisation des années antérieures, la compensation a été mécaniquement ramenée à 2,65 M€, dont 1,52 M€ destiné à la commune. Pour rappel, en 2023 nous avions perdu 407 000 € à la suite de la neutralisation / démantèlement de 80 000 m² de bâtiments à l’initiative de la Métropole. Aujourd’hui, ce sont 30 000 m² en cours de destruction. C’est une perte supplémentaire de 75 000 € en foncier bâti communal. Qui oserait cautionner de tels actes de prédation aux conséquences fiscales ignominieuses dont notre commune est l’unique victime ?

Pour 2026, la parole gouvernementale n’est plus tenue. Dans la première version du budget de l’État, la compensation sur le foncier bâti industriel était réduite de 50 %. C’est 1,325 M€ en moins. Il s’agissait d’une perte de 760 000 € pour la commune. Grâce au Sénat, la réduction est ramenée de 50 à 19 %. Nous estimons ainsi la perte entre 250 000 € et 270 000 €. L’AMF et l’APVF ([1]) sont formelles : « les communes industrielles sont les plus sévèrement touchées » ; nous en sommes …

De nos ultimes entretiens avec la Direction Régionale des Finances Publiques (DRFiP), nous apprenions voici 5 jours que des procédures de contrôles, de vérifications fiscales, et plus encore de redressements sont en cours sur le site de Jean-Monnet-Janais (60 % de nos recettes d’impôts). La situation est telle que les services fiscaux ne sont pas en mesure de nous communiquer l’état précis de nos bases foncières bâties avant septembre prochain. Il nous est ainsi recommandé de s’en tenir au montant des recettes fiscales en 2025 … À ce stade de l’année, force est de constater que nous avons élaboré un budget très resserré. Les actuels projets en cours de réalisation sont encore loin de compenser les effets de la désindustrialisation (selon les services fiscaux). Le contexte surréaliste des errements et désaccords entre groupes politiques, propres à la municipalité rennaise y est pour beaucoup. C’est une prise en étau des chartrains.

Pour autant, trois nouveaux projets sont en bonne voie, hors Safran et Schneider Electric, déjà engagés. Ils nous apporteront l’oxygène indispensable à l’horizon 2028 - 2030.

Je souhaite que la future assemblée communale poursuive nos politiques de qualité de vie pour tous. Elles perdurent depuis près de sept décennies, grâce aux moyens et services qui sont les nôtres : Que nous parlions de crèches, de lieux d’éducation autant que d’animation ; de lieux de culture comme de sport pour le « bien vivre ensemble ». Ce sont des facteurs propices à la bonne santé de tous. Préservons et développons ces lieux d’accueil, de dialogue et de solidarité entre générations. Restons cette ville ouverte qui ne délaisse jamais ses enfants et ses aînés. Bannissez l’ostracisme, confortez la ville bienveillante qui accueille, protège et porte haut la citoyenneté et le respect de toutes les formes de vie.

                                 Philippe Bonnin, Maire de Chartres de Bretagne



[1] Association des Petites Villes de France.

mardi 10 février 2026

La représentation communale dans les intercommunalités.

Un Bilan. Des propositions.

Les transferts de plusieurs missions fondatrices des communes vers les intercommunalités font très souvent l’objet d’incompréhensions persistantes de la part des administrés ; et électeurs … Leurs insatisfactions à l’égard de « l’intercommunalité » concernent la lourdeur des procédures de transmission des demandes, le manque de transparence des décisions et des délais d’exécution. Ainsi, les habitants manifestent leur incompréhension à l’égard d’un mode d’organisation dont ils doutent qu’il puisse être plus pertinent en termes démocratiques et moins onéreux que la gestion à l’échelle communale. En prise directe avec les usagers, les élus communaux ont bien du mal à expliquer, et plus encore à justifier ces réformes qu’ils ne maîtrisent plus, parce qu’imposées par la loi. S’y ajoutent toutes les controverses, proches comme éloignées sur l’efficience de l'action publique. Elles atteignent aujourd’hui des proportions inégalées.

Concernant ces transferts actés par les lois de 2014, dites « Valls » ou « Maptam & Notre », il devient difficile d’envisager tout retour en arrière, sauf cas de crise majeure de nos institutions territoriales. En effet, les moyens humains, comme matériels à disposition des communes s’avèrent particulièrement affaiblis depuis les lois précitées pour répondre aux attentes les plus essentielles, concrètes et de bon sens.

Ce sont là de véritables raisons qui justifient que l’organisation des intercommunalités soit revisitée et révisée. Fait révélateur, Il s’agit d’un sujet maintes fois annoncé par tous les Premiers Ministres successifs. En premier lieu, osons redonner plus de responsabilités aux échelons des regroupements de proximité entre communes. Il s’agirait de mutualiser intelligemment leurs moyens, tant techniques que financiers, tout en confiant les équipements et services de caractère stratégique et d’enjeux plus globaux à l’échelon de grandes intercommunalités. Pour ce faire, précisons que ces dernières disposent déjà de ressources fiscales indépendantes. Ce sont les communautés de communes, d’agglomération et les métropoles. Concernant ces instances, les sondages d’opinion montrent sans équivoque qu’elles font l’objet d’un déficit de confiance. La restauration d’une meilleure image passera nécessairement par une représentation plus juste et respectée des communes. C’est la reconnaissance de chacune d’elles en dehors de toute considération partisane ou d’affiliation à tel ou tel groupe d’intérêts ; entre autres politiques. En termes de réformes possibles, mettons au débat les amplitudes de tailles démographiques entre la ville principale ou ville-centre et les autres communes. Dans une grande part de situations, les écarts de population s’avèrent très conséquents ; déséquilibrés. Ce constat est encore plus flagrant au sein de certaines intercommunalités qui réunissent un grand nombre de communes de taille très modeste, alors même que la ville-centre représente la quasi moitié de la population. En de telles configurations, tout débat relatif aux enjeux les plus essentiels s’avère mis sous le contrôle de l’assemblée communale de la ville-centre, puisque ce sont des représentations proportionnelles liées à la démographie. Ces règles de représentation régissent en effet la composition de ce type d’assemblées dites communautaires. Fort heureusement, il demeure le principe d’un délégué minimum par commune. De tels cas de figure appellent une évolution réglementaire de la représentation des communes dans ces instances d’actuelle gestion de services publics de proximité. En outre, n’oublions jamais que toutes ces communes modestes en taille démographique représentent l’essentiel de la surface non urbanisée des intercommunalités. Chacun en reconnait l’importance en ces heures de préoccupations environnementales.

Tel que nous le citions précédemment, les décisions de l’intercommunalité se résument ainsi en une réplique de celles prises en amont au sein de la gouvernance de la ville-centre. Plus singulier encore, les clivages politiques de la ville-centre se recomposent avec les ralliements d’un certain opportunisme « d’obligés ». Ce n’est pas l’esprit que nous sommes en droit d’attendre de la coopération intercommunale au sens le plus noble du service rendu à tous nos concitoyens. Le fondement de l’intercommunalité : c’est d’assurer la bonne gestion de moyens et services partagés, quelque soit le caractère ou l’identité politique des élus dans leurs communes respectives.

Pour rappel, dans le schéma historique des syndicats intercommunaux, chaque commune dispose des mêmes droits de vote. Le nombre de délégués est ainsi identique par collectivité. D’évidence, ce n’est pas une solution appropriée pour nos actuels établissements de coopération à fiscalité propre. Toutefois, il convient d’établir en urgence des représentations plus équilibrées qui respectent autant que faire ce peu les identités communales, riches de leur propre récit historique. Toutes disposent selon nos textes fondateurs de la République d’une légitimité en propre dans le débat démocratique local, comme national.

Ainsi, la réalité nous appelle à proposer le principe qu’aucune commune ne puisse disposer de plus du tiers des sièges dans toute assemblée intercommunale à fiscalité autonome. Ce serait la règle la plus juste pour que l’indispensable débat et les décisions qui s’en suivent ne soient captés, confisqués par la ville centre et quelques confédérés … Instituée ainsi, la règle prendrait suffisamment en compte le poids démographique, et significativement mieux l’identité institutionnelle, comme territoriale de chaque commune. Les voix respectives seraient indéniablement plus entendues dans la perspective d’élaborer les projets et les choix pour le territoire en son entier. C’est un enjeu de transversalité et de solidarité. C’est le sens que tout citoyen est en droit d’attendre pour plus de concertation et d’approche plus collaborative dans l’élaboration des projets intercommunaux.

Philippe Bonnin

Maire de Chartres de Bretagne. Ancien Président du Comité de Bassin d’Emploi de Rennes. Ancien Vice-président du Conseil Général d'Ille et Vilaine en charge de l’économie, l'emploi la Recherche et l’innovation.

dimanche 11 janvier 2026

Voeux pour 2026

Mesdames et Messieurs : chers acteurs associatifs, bénévoles engagés dans les multiples activités chartraines ; responsables économiques, représentants d’institutions et des services publics de l’Éducation Nationale, de la Gendarmerie Nationale, des moyens de secours départementaux ; Mesdames et Messieurs les membres des instances de l’aide sociale et des solidarités, chers élus, anciens élus, élus voisins et amis chartrains, je salue votre présence qui nous honore en cette soirée ; une soirée qui ouvre une nouvelle page : celle de l’année 2026.

Nous vous adressons des vœux de bonne année ; des vœux de bonne santé, des vœux pour tout ce qui contribue à la qualité de la vie dans notre commune ; nos communes. Qualité de notre vie sociale … sans jamais négliger la qualité de la dynamique économique dont découlent nos ressources et moyens communs ; des moyens partagés pour assurer les meilleures conditions d’exercice des services publics quand nous parlons des pratiques culturelles, sportives, associatives et tant d’autres activités. Je n’oublie pas nos projets fédérateurs autour de la nature ; de tout ce que représente la vie biologique. Je n’oublie bien sûr nullement nos projets dédiés aux champs de la solidarité … des projets qui font société ; sans exclusive.

J’adresse également tous mes vœux aux personnes qui n’ont pu se joindre à nous.

Ce soir, je ne procéderai pas à la présentation de toutes nos réalisations achevées, celles en cours, et d’autres en projet. Vous venez d’en avoir une illustration très explicite, qualitative avec le diaporama qui vient de vous être présenté. Pour autant il est opportun de vous dire que toutes ces réalisations et activités contribuent aux mêmes objectifs : nous tenir aux côtés des enfants, des familles, des jeunes, des aînés. Nous sommes également à l’écoute de toutes celles et ceux qui travaillent ici, proche de nous et plus largement dans notre bassin de vie ; le bassin d’emploi rennais. Nous agissons pour faire en sorte que toutes les personnes qui recherchent une insertion, une formation, un emploi de qualité, ou réfléchissent à leur futur projet puissent trouver les bonnes réponses souhaitées. Dans ce but, nous sommes attentifs aux initiatives de tous les acteurs de l’économie et nous exerçons autant de fois que nécessaire notre rôle de médiation en les accompagnant au cours de leurs études et recherches pour s’implanter et / ou se développer.

En ce qui concerne les services rattachés à la commune ; ce sont des missions que nous-nous faisons forts de proposer et de faire évoluer. En ce qui concerne les locaux, nous les adaptons, aménageons, agrandissons et même, autant que nécessaire nous en créons de nouveaux ; qu’il s’agisse des espaces éducatifs, sportifs, culturels ou associatifs.

Pour tous les partenaires des secteurs et services sociaux qui interviennent sur notre territoire, nous coopérons au mieux avec chacun d’eux, et les accompagnons dans leurs métiers et missions.

Pour cela, nous améliorons nos lieux dédiés à la solidarité ; entre autres pour le soutien aux personnes confrontées à l’avancée dans l’âge, ou contraintes par la santé, voire le handicap. Naturellement la différence doit être reconnue et accompagnée. Ainsi, chacun doit pouvoir trouver sa place dans le cadre de projets réfléchis et concertés.

Tous nos projets se doivent d’être fédérateurs avec cet objectif de faire grandir la cité, … toutes nos cités et territoires dans leur diversité.

Notre engagement : c’est de nous en tenir aux meilleures dispositions pour donner du sens à ce que nous convenons tous d’appeler le « vivre ensemble ». Assurément, ce ne sera pas sans porter collectivement une authentique ambition humaine et sociale, digne de ce que sont nos valeurs, et j’insiste : humaines ; des qualités en opposition aux postures qui confortent l’entre-soi ; que nous parlions des communes, et ceci même jusqu’aux échelons des États. Pour nous, les replis sociétaux sont terriblements préjudiciables, voire plus, néfastes … À l’extrême, ils réduisent les libertés, et l’incapacité à faire société …

Contribuons ainsi à faire avancer le Monde ; ce Monde qui a tant besoin de se régénérer, voire plus encore : de se refonder en ces heures d’expectative absolue quant à son avenir.

Dans ses « Lettres de prison » écrites durant les années 1920-1930, Antonio Gramsci écrivait : « Le vieux Monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » … Qui peut souhaiter l’effacement de nos idéaux républicains et par conséquent de la démocratie jusqu’à ce qu’on remette en cause les droits humains ? Dans son roman « La Peste », Albert Camus écrivait en 1947 : « quand une démocratie est malade, le fascisme vient à son chevet ». Et enfin, dans la même lignée des grands humanistes du XXème siècle, permettez moi de citer également les propos tenus par Robert Badinter, le 20 mars 1984 dans la cité marseillaise : « Le fascisme ne se lève pas dans les pays développés comme la tempête en une nuit. Il est d'abord rampant, dissimulé, ordinaire. Il progresse par les mille voies de la haine, avivée par les difficultés économiques. Il s'empare des cœurs avant de pervertir les esprits, puis de prendre le pouvoir ».

 

Voici un an, je revenais sur les interminables crispations politiques ; plus précisément parlementaires. Ceci dans le contexte de la tournure incertaine que prenait l’économie française, entraînant par voie de conséquence le déséquilibre de nos finances publiques, toujours proches d’abysses incommensurables. 12 mois plus tard, il nous faut constater que les changements ne sont toujours pas au rendez-vous. Ainsi, pour la seconde année consécutive, l’absence d’accords à l’Assemblée Nationale nous renvoie aux constats de reports d’inscriptions budgétaires, sans fil conducteur … et avec quel sens, perspectives et projets ?

Croyez-moi, Mesdames et Messieurs, chers amis, en quelques 31 années d’exercice de ma fonction de Maire à Chartres de Bretagne, j’ai acquis une certaine connaissance de ce que sont les effets des politiques sans lignes directrices … autrement dit « au fil de l’eau » …

Pour 2026, la version du budget pour la France sera de nouveau la résultante d’un cocktail de compromis de telle manière que nous n’avancerons qu’en mode dégradé ; un mode dégradé produisant toujours plus de dette, et toujours plus de contraintes pour nos collectivités devant faire encore mieux avec moins.

Pour autant et au regard du contexte économique international, nous ne devons certainement pas baisser les bras.

Après quarante années d’une mondialisation de l’économie, qualifiée avec moult réserves : « d’heureuse », est-ce l’heure de nous interroger sur la fin d’un modèle qui d’ores et déjà nous impose la recherche de nouvelles orientations ? En ce qui me concerne, je vous répondrai bien évidemment oui.

Nous avons vécu les délocalisations massives des fonctions productives en direction de pays aux faibles coûts sociaux ; là où le laxisme en matière de protection environnementale atteignaient les limites du soutenable … À ce stade extrême, nous sommes entrés dans la phase la plus critique de ce nous appelons l’anthropocène ([1]), cette ultime ère paléo-géologique. Indéniablement, elle se traduit par un processus d’altération planétaire aggravé. Nous en mesurons les effets au gré tout au plus des décennies, alors que les changements majeurs, ou extinctions en études paléontologiques s’évaluent en dizaines de millions d’années. Or, ces processus surviennent en concomitance avec des bouleversements géopolitiques d’ampleur qu’il est bien difficile d’appréhender sereinement. Une telle concomitance n’est pas le fait du hasard … Nous n’avons pas terminé d’en mesurer toutes les incidences telles que : les évènements climatiques incontrôlés, l’épuisement des ressources, les famines et migrations, les conflits aux enchaînements dramatiques, le déni des règles du droit international, pourtant embryonnaire ...

La coïncidence entre les actuelles crises et le sabordage tant économique, que géopolitique et démocratique des États-Unis d’Amérique ne font qu’accélérer les processus de délitement sociaux en cours … Ils nous interpellent. Ils laissent l’Europe face à ses responsabilités. À ces préoccupations essentielles, je souhaiterais citer deux économistes étasuniens de renom. Suivant leurs point de vue, l’Europe sous-estime ses capacités propres à s’organiser ; à se prendre en main et s’affirmer pour jouer un rôle de référent, de leadership en vue d’échéances qui s’avèrent proches. Il s’agit d’Adam Posen, Président d’un cercle de réflexion : « L’institut Peterson d’études sur l’économie Internationale » et Joseph Stiglitz, Nobel d’économie 2001, Professeur à l’université Columbia. ce sont deux personnalités avisées et critiques à l’égard de la politique économique incohérente, irréaliste des États-Unis … et concernant nos deux macro-économistes jusqu’à dire que Donald Trump tire une balle dans le pied de l’économie américaine …

Que nos dirigeants européens les entendent ! Il s’impose que l’Europe sache se réinventer, s’unir pour se refonder avec une gouvernance réformée et affirmée. Elle doit enfin exister sur la scène internationale en sa qualité d’entité institutionnelle au même titre que tous les autres États du Monde.

 

À notre modeste mais bien concrète échelle, quelle sera notre dynamique économique pour demain ?

Certes, parler de dynamique économique lorsque les données statistiques s’avèrent pessimistes reste quelque peu illusoire. Le recul du pouvoir d’achat et des investissements productifs, le déficit commercial, l’endettement et le chômage en hausse ; sans oublier la transition écologique incertaine … ce sont autant de données qui alimentent un climat social déprimé. En outre, la démultiplication des actes de désinformation, de manipulations, de mensonges ainsi que la radicalité des comportements amplifient cette perception d’impasse. Ce n’est plus seulement de sursaut qu’il nous faut parler, mais d’une approche plus stratégique et cohérente de l’économie réelle pour établir, fonder de vrais projets d'avenir et durables ; des projets audacieux et qui, certes doivent s'exonérer des logiques de profitabilité à court terme.

D'aucun me dira que c'est une gageure... Pourtant, c'est bien ainsi que s'est reconstruit le monde d'après guerre.

Notre industrie Chartraine en est une héritière emblématique ; un exemple.

Puisque j’ai maintenant quelques années derrière moi, je puis vous dire que Schuman, Monnet, Pleven, Martray, Halléguen en sont les pères fondateurs par leurs actions déclinées depuis l’échelle européenne, nationale, et jusqu’au local. Ils méritent toute notre reconnaissance. Il s’agit bien de cette belle épopée de toute notre histoire industrielle automobile des années 1960 à aujourd’hui.

La restauration de l’économie productive sur des bases nouvelles ne se décrètera pas si facilement. Elle va devoir se structurer et s’organiser sur un temps long. En effet, il faut d’abord retrouver un consensus clair pour mobiliser toutes les compétences des acteurs de notre écosystème territorial. En cela, notre commune doit et peut être un exemple, une plateforme, un socle des possibles ; entre autres avec nos grands acteurs industriels, déjà en phase avec une telle approche stratégique : Schneider-Electric, Stellantis, Suez, Joncoux, Safran qui arrive ; les opérateurs du ferroviaire, Sopra-Stéria et tous les services à l’industrie … C’est dans cette configuration d’enjeux de développement indispensables que pourra se dégager notre horizon au-delà de 2030. De même, il conviendra que nous reprenions très vite une politique dynamique d’accueil et par conséquent d’habitat en synergie avec les emplois productifs et de services déjà créés et à venir sur la commune et toutes ses voisines. En ce sens, notre approche est parfaitement conforme à nos futurs objectifs intercommunaux métropolitains, mais avec cependant l’accord essentiel sur une vision stratégique et consensuelle de l’économie productive et hautement digitalisée ; ce nouveau champ majeur et incontournable, alors que nous sommes au cœur même du défi de la compétitivité internationale et d’enjeux quant à l’assurance de notre souveraineté territoriale ; nationale. C’est une question existentielle. Il faut qu’elle soit entendue et comprise.

 

Mesdames et Messieurs, chers amis, malgré les contraintes, les évolutions si rapides, l’adversité récurrente liée aux crises et mutations, nos agents communaux et intercommunaux ont su répondre pour le meilleur service attendu et bien sûr le développement de la ville, je les remercie en toute sincérité. Ce sont nos alliés, comme tous les agents de l’État, Monsieur le Secrétaire Général de la Préfecture d’Ille et Vilaine. Comme vous le faites en direction de toutes les communes de l’arrondissement de Rennes, vos collaborateurs veillent et nous conseillent.

En notre qualité de commune atypique s’il en est une de par son économie si particulière, je sais l’importance de votre écoute, de celle de la direction des finances publiques, ainsi que de Monsieur le Préfet. Soyez en honorés. Vos qualités nous sont infiniment précieuses.

Nos remerciements s’adressent à vous tous, chers partenaires : de l’immobilier jusqu’aux services, ainsi que de l’industrie. Ensemble vous relevez les défis du redressement du pays.

Gardons confiance en l’avenir avec toute la lucidité qui s’impose dans un Monde qui nous oblige. Soyons réactifs et novateurs. Restons solidaires et volontaires.

Très bonne année à tous.

         Philippe Bonnin, Maire de Chartres de Bretagne

 

« La promesse et l’ambition de ne pas répéter les erreurs qui ont conduit à la tragédie de la seconde guerre mondiale, a façonné pendant des décennies les institutions internationales et la politique de sécurité. Mais aujourd’hui, l’influence de cette histoire s’estompe. Face aux multiples urgences, il n’est pas surprenant que l’Occident soit confronté à son plus grand défi depuis des décennies. Un défi qui se heurte au sentiment d’épuisement civilisationnel dont nos adversaires ont pris conscience, convaincus que leur heure est venue ».

Ce sont des extraits de propos tenus par Radoslaw Sikorski, Ministre des affaires étrangères de la Pologne. « Le Monde » du 28 décembre 2025.



[1] - Période la plus récente du quaternaire, qui succède à l'holocène, et caractérisée par les effets directs de l'activité humaine sur la planète.