dimanche 9 mars 2025

Compétitivité de notre économie : Les défis du numérique.

À l’occasion du sommet mondial de Paris dédié à l'intelligence artificielle, les 10 et 11 février, il a été annoncé des investissements par dizaines de milliards d’euros pour disposer de très grandes capacités de stockage et gestion des données numériques. Il s’agit des data centers. Le traitement numérique nous concerne tous : des entreprises aux particuliers dans la vie quotidienne, tant personnelle que professionnelle. Un constat cependant : si les data centers sont devenus des infrastructures incontournables, paradoxalement ils restent encore décriés par ceux là mêmes qui en font très certainement le plus grand usage.

Les datas, ce sont des milliers d’emplois pour leur implantation / construction, la maintenance, la sécurité et le renouvellement des processeurs au gré des évolutions, performances et innovations. Certaines activités de recherche fondamentale et stratégique, comme de défense justifient des dispositifs de très haute sécurité. Ils mobilisent ainsi une gestion indépendante des données numériques. Mais en réalité, ce n’est là qu’une infime partie des besoins. La digitalisation des process techniques de production, comme celle des services, représentent une demande récurrente et croissante, en termes de gains d’efficacité et de productivité dans une économie concurrentielle mondialisée.

En outre, nul ne doit ignorer que les futurs datas seront au cœur de la révolution quantique. En effet, de par la complexité absolue de la maîtrise des technologies quantiques ou photoniques, ces ordinateurs seront intégrés au sein même des datas et non pas dans les entreprises, laboratoires ou institutions. À la veille d’une nouvelle révolution numérique, être à proximité de ces datas va s’avérer un atout économique majeur.

La carte des implantations qui nous assurent la gestion des données numériques reste vierge en ce qui concerne la Bretagne et l'agglomération rennaise … Pour autant, nul n'ignore leur importance, comme la qualité des laboratoires, entreprises et institutions qui se développent au cœur de l'économie digitale. Les enjeux de l'écosystème numérique rendaient notre candidature incontournable. Nous regrettons le silence des acteurs politiques et institutionnels économiques locaux. Pour autant, nous n'avons pas été sans être sollicités par des opérateurs internationaux, en vue d’accueillir de tels projets. Les propositions que nous avions formulées cochaient toutes les cases, même celle de l’incontournable valorisation thermique dans les réseaux de chaleur déjà en place. Certes, l’accueil des data centers entraîne une consommation foncière somme toute relative, et électrique substantielle. Mais en réalité, cette dernière reste très en deçà des usages dédiés à la mobilité ([1]).

Sommes-nous donc condamnés à rester sur le quai du progrès économique et par conséquent social, faute de discernement et de vision stratégique claire ? L’esprit qui présida au miracle économique breton des années 60 n’est manifestement plus d’actualité …


[1] - En 2021, la consommation de carburant routier sur le territoire français a été de 45,8 milliards de litres. Suivant une répartition de 50 % en essence [10 KWH énergie / litre] et 50 % gasoil [8,9 KWH énergie / litre] (transports marchandises compris). Cette consommation énergétique représente donc 432,81 milliards de KWH, soit 432,81 Téra WH arrondi à 433 TWH énergie.

A titre de comparaison, nous présentons le tableau suivant :

Consommation électrique de la France                         445 TWH en 2023

Consommation de carburant routier en France              433 TWH en 2021

Consommation électrique ferroviaire en France                6 TWH  (SNCF seulement) [*]

Consommation électrique data centers en France    15 TWH  (25 % du numérique total) [*]

[*] Publications de 2024

 

vendredi 10 janvier 2025

Voeux 2025 - Chartres de Bretagne

Mesdames, Messieurs, amis investis dans de la vie communale, acteurs associatifs et bénévoles, responsables économiques, personnes engagées en  direction des initiatives de solidarité, élus de nos institutions territoriales et nationales, représentants des instances de l’action publique : l’Éducation Nationale, la Gendarmerie Nationale, les Pompiers, les agents et responsables des services communaux, des services de l’action sociale, nous saluons votre présence aux vœux de notre municipalité pour 2025. Elle démontre votre attachement à la commune, et très certainement à toutes nos communes, premières institutions de la République fondée en 1789.

Mes collègues et moi-même, nous vous adressons nos vœux de bonne et heureuse année 2025 ; des vœux de santé, des vœux pour vos projets qui font avancer la cause de la citoyenneté, de l’éco-citoyenneté, de la solidarité et du « vivre ensemble ». Également, nous exprimons nos vœux à l’attention des personnes qui n’ont pu se joindre à nous.

En ces heures de crispations politiques nationales qui nous interpellent, il est bien difficile d’imaginer ce que sera la gouvernance du pays durant cette nouvelle année. Quelle tournure prendra notre économie, tant nationale que locale ? Nous avons les mêmes interrogations à propos de l’évolution de la situation sociale qui pourrait en découler.

Que l’année 2025 puisse d’abord s’engager sur la voie du dialogue pour retrouver le sens du débat démocratique, plutôt que d’assister à ces confrontations parlementaires jusqu’au-boutistes. Elles altèrent l’image de nos institutions dont nul n’ignore l’importance pour le Pays.

De même, à l’échelle de l’Europe, souhaitons autrement plus de consensus entre tous les États de l’Union pour qu’adviennent les meilleures réponses aux crises qui perdurent ; les meilleures réponses, d’abord diplomatiques pour résoudre les bien trop nombreux conflits géopolitiques du Monde. Que le souffle de la concorde puisse enfin l’emporter sur celui de la discorde !

Alors, espérons que la raison et le sens des responsabilités fassent taire ces velléités d’hégémonies insensées, animées par toutes ces inclinations néfastes qui égrènent le cours de l’Histoire de nos communautés humaines depuis la nuit des temps. Grandir en sagesse, retrouver plus d’humanité, plutôt que se résigner au déclin de nos sociétés, c’est un vœu qui devrait prendre toute sa signification en cette nouvelle année qui ferme le premier quart du XXIème siècle. Le siècle des premiers retournements climatiques avérés d’origine humaine ou entropique, le siècle des migrations massives face aux crises, le siècle des mutations du vivant qui influent d’ores et déjà sur la biodiversité et sa pérennité ; Le siècle du pic démographique de la population mondiale ; et enfin, le siècle des grands sauts technologiques qui suscitent autant d’espoirs que de craintes, quant à la destinée de nos sociétés désormais globalisées à l’échelle de la planète.

Rien n’est garanti pour l’avenir, et c’est bien pour cela qu’exprimer de tels vœux prend une signification toute particulière à l’aube de la nouvelle année.



Au-delà de nos interrogations, en 2024 des réalisations, des évènements communaux, et intercommunaux se sont traduits en signes et faits positifs.

Au plus près de nos concitoyens, nous agissons d’abord pour le bien commun, certes en faisant très souvent face aux contraintes budgétaires récurrentes, mais toujours avec l’objectif de répondre aux besoins pour tout ce qui « fait société ». Le diaporama qui vient de vous être présenté démontre ce qu’il nous a été possible d’accomplir avec de beaux résultats ; qu’il s’agisse d’animations, de constructions et / ou de projets engagés et donc d’avenir.

Pour autant, s’il n’y a pas de retournements tangibles de l’économie à tous les échelons de nos territoires, je n’assurerai quiconque de notre capacité à préserver le niveau qualitatif de nos services apportés en matière d’action publique de proximité. Pour autant, il s’agit bien de ce même espace de proximité qui se révèle le plus pertinent pour contribuer à la nécessaire cohésion sociale dans nos bassins de vie à taille humaine.

J’en viens maintenant à notre économie locale dont vous n’ignorez pas la dimension productive. Oui, la commune de Chartres de Bretagne n’est plus ce que certains persistent encore à penser ou croire. L’affaiblissement du secteur économique de la production industrielle en est l’une des causes bien connue. Tous les chartrains le savent et bien au-delà.

Il n’y a pas d’économie résiliente sur le long terme sans la présence d’industries. Je n’en déclinerai pas l’explication ce soir ; d’abord parce que toutes les analyses sérieuses convergent à ce sujet. Ces analyses sont largement vulgarisées, médiatisées à l’échelle de la France, de l’Europe et du Monde occidental ... Je soulignerai seulement et malheureusement cette apologie vieille de quelques 30 années ; une apologie insolite qui gratifiait « l’entreprise sans usine » et par conséquent d’une « France sans usine », Un modèle entre autres porté par un PDG d’Alcatel à l’époque. Ce concept est aujourd’hui parfaitement décrié … Et c’est heureux.

Pour autant, ce sont trois décennies de désindustrialisation que la France a ingénument, naïvement traversé, abandonnant des territoires relégués à l’état de déserts économiques et sociaux.

Dès le début de la décennie 2010, nous avions dénoncé ce processus de délitement des secteurs productifs qui concernaient entre autres la commune. Ce fut au prix d’inimitiés devenues aussi tenaces que dérisoires de la part de ces acteurs politiques, même locaux qui se détournaient des usines et leurs ouvriers au prétexte d’une certaine conception de la modernité, aujourd’hui totalement iconoclaste … Or, à l’heure actuelle force est de constater que le redressement s’avère des plus difficiles dans le contexte d’une concurrence internationale singulièrement rude, voire même féroce. Elle l’est particulièrement si nous écoutons les déclarations sidérantes, venues d’outre Atlantique, ceci de la part de personnes aux portes du pouvoir.

De toutes ces décennies de renoncements, l’état de nos finances publiques en pâti. Par voie de conséquence nos ressources fiscales communales sont à la peine. Elles sont d’ailleurs doublement impactées par la crise de ces dernières années.

·     En premier lieu, Il s’agit de la baisse sans précédant de la valeur de nos bases fiscales de foncier bâti, suite à des désaffectations et des neutralisations sur injonctions particulièrement dérisoires et décalées à l’échelle de ce qu’est la réalité de l’économie mondiale. À cet égard, il est opportun de rappeler qu’il n’y a pas d’autre commune dans cette agglomération et bien au-delà, dont 60 % des bases fiscales de foncier bâti proviennent de l’immobilier économique, celui-ci étant lui-même composé à plus de 90 % de bâti industriel.

·     En second lieu, ce sont naturellement les contraintes subies au même titre que toutes les communes. Nous devons assumer malgré nous, la baisse des dotations et compensations issues des réformes successives de la fiscalité locale, toutes à l’initiative des gouvernements depuis bien plus de 10 années.

Concernant le sévère constat de la réduction du potentiel fiscal chartrain, je tiens à saluer l’attention particulière et l’accompagnement des services de l’Etat nous concernant. Nos remerciements s’adressent à Messieurs les Secrétaires Généraux et leurs services, qui se sont succédés à la Préfecture d’Ille-et-Vilaine, ainsi qu’à Monsieur le Directeur Régional des Finances publics. Ils n’ont jamais manqué de suivre les incidences négatives subies par la collectivité avec toutes leurs conséquences pour nos engagements communaux et intercommunaux.

Sommes-nous tirés d’affaire ? Pas vraiment, mais de premiers signes positifs apparaissent en prévision des prochaines années, ceci grâce à l’engagement de nos acteurs industriels chartrains. À cet effet, je salue l’effort des salariés du groupe Stellantis. Son Directeur, Monsieur Étienne Martin-Commandeur, présent à nos côtés ce soir, et l’ensemble de ses collaborateurs ont su porter l’établissement au niveau de la performance technique qui assure ainsi la pérennité de l’usine dans un temps certes mesuré, mais comme pour toute autre nature d’activité. Se doter d’un outil de production plus agile et réactif, face aux exigences des évolutions / révolutions technologiques des process de fabrication, comme des mutations en qualité et propulsions alternatives des véhicules, tels sont vos challenges à tenir « au jour le jour ». Je vous adresse nos très sincères félicitations, ainsi qu’à tous vos collaborateurs.

À propos d’un projet en cours d’élaboration, nous avons de bonnes raisons pour vous garantir aujourd’hui que le projet de fonderie Safran aboutira d'ici 2027. Les échanges se poursuivent dans un esprit serein. Nous recevons dès ce lundi l’équipe projet en Mairie.

Plus rapide pour ce qui concerne son opérationnalité et par conséquent d’enjeu immédiat, le dossier industriel des toutes prochaines semaines sera celui de SETBT Schneider Electric. Il s’agit de l’extension de l'établissement qui va permettre la création d'une centaine d'emplois directs supplémentaires pour répondre à un carnet de commande des plus conséquents pour le groupe leader international quant à ses savoir-faire et fabrications. Merci à vous Monsieur Boyer ici présent, Directeur de Schneider Electric à Chartres-de-Bretagne. Je sais le rôle décisif qui a été le vôtre pour que le groupe choisisse l'établissement de la commune pour développer ses activités stratégiques en matière d'équipements électriques, dédiés aux grands sites industriels et de services, en France, comme à l'export. Derrière une telle décision, ce sont des emplois de sous-traitance à venir et dont nous vous félicitons. D’autres alternatives d’implantations étaient envisagées dans l’Union Européenne. Les atouts de Chartres de Bretagne l’ont emporté. Bravo à vous ainsi qu’à votre équipe. Vous y êtes vraiment pour beaucoup dans cette décision.

Dans le parc technologique Jean-Monnet-Janais, je tiens à saluer le terme des constructions du groupe Sphering-Joncoux. L’établissement vient compléter l’actuelle implantation déjà saturée à la Touche Tizon en Noyal-Châtillon-sur-Seiche. Je précise qu’en 2016, le Groupe avait repris les bâtiments certes récents mais délaissés par le sous-traitant automobile américain Vistéon.

Il n’y a pas d’industrie sans réponse opérationnelle aux besoins logistiques. Il s’agit d’un enjeu essentiel. À cet égard, la construction d’un établissement qui appartient au groupe de transports Le Guével, consolide indéniablement les attentes des acteurs économiques en place, comme ceux à venir.

Bien venue à ces deux nouvelles entreprises de belle réputation.

D’autres projets émergeront prochainement … Nous resterons invariablement attentifs et impliqués pour faire avancer ces dossiers.

Nous sommes déterminés à garder le cap, toujours en direction des femmes et des hommes qui agissent par leur travail, leur engagement social et citoyen, qui agissent pour faire vivre leurs familles, l’école des enfants et des jeunes ; les femmes et les hommes qui s’impliquent dans les associations créatrices de liens entre tous ; les femmes et les hommes qui animent nos communes et s’investissent dans tous ces lieux qui « font société ».

C’est ainsi que nous concevons ce que doit être notre Monde et surtout pas celui qui pourrait advenir si nous n’y prenions garde.

En 2025, nous poursuivrons les actions et projets. Nous le ferons en veillant à ce que les agissements qui portent atteinte à nos valeurs humaines, ainsi qu’à l’intégrité d’autrui, tant morale que physique répondent de tels actes. Bien sûr, selon l’esprit des lois républicaines … Montesquieu n’est jamais bien loin !

Réalisations, Projets.

Au delà, de l’actuelle équation financière chartraine, et qui va nous occuper dès ces prochains jours, nous ferons au mieux, de telle sorte que soient engagés les investissements programmés : la Maison éco-citoyenne, la salle multisports en cours et la nouvelle crèche.

Les travaux de la résidence EHPAD de la Poterie sont terminés, l’importante restructuration du centre des loisirs des Longues Hayes est également achevée.

Plusieurs aménagements seront engagés sur le plateau sportif Rémy Berranger. Ils seront dédiés à des pratiques détente-loisirs ouvertes à toutes les générations.

Les premiers locaux pour la brigade mobile de gendarmerie seront réalisés durant ce premier semestre. Par ailleurs, et ceci bien sûr dans l’attente des autorisations de Monsieur le Ministre de l’Intérieur nous engagerons ultérieurement la construction d’un établissement plus important. Il sera implanté dans le quartier des Portes la Seiche et comme souhaité par la Gendarmerie Nationale, il intégrera la brigade cynophile départementale. Je me permets d’indiquer que ce projet s’inscrit également avec la restauration de la caserne de gendarmerie à Bruz dont le caractère architectural et patrimonial restera préservé. Naturellement, mon collègue de Bruz sera plus à même d’en faire état.

Sans vous Mesdames et Messieurs, ainsi qu’avec l’accompagnement de nos agents de la collectivité, nous ne pourrions avancer. Nous vous remercions très chaleureusement pour votre engagement local, quel qu’il soit.

Ces deux dernières années, malgré les multiples contraintes liées aux crises qui se sont succédées, nos équipes ont su répondre présent pour assurer la continuité des services communaux, ainsi que le développement de la ville. Nos remerciements s’adressent également à nos partenaires investisseurs immobilier, constructeurs et bailleurs sociaux ; Entreprises indispensables pour conduire notre Plan Local de l’Habitat métropolitain.

Tous, vous démontrez vos qualités et compétences au quotidien. Elles contribuent à donner des couleurs à notre ville !

Citoyens que nous sommes tous, acteurs associatifs, entrepreneurs, artisans, commerçants, industriels, la collectivité est et sera toujours votre partenaire. Ensemble, gardons confiance en l’avenir dans ce Monde qui nous oblige constamment à rester lucides, réactifs et novateurs. Restons solidaires et volontaires.

Très bonne année à tous.

Philippe Bonnin, Maire de Chartres de Bretagne

mercredi 4 décembre 2024

Changement de direction à la tête du groupe Stellantis

Avec l’année 2024, nous sommes très clairement entrés dans une période d’intenses difficultés structurelles pour le secteur de la construction automobile. À des degrés divers, les bassins d’emplois concernés connaissent des restructurations, des fermetures et tristement des délocalisations.

De toute évidence, les tensions géopolitiques présentes concourent à la redéfinition des cartes de l’économie mondiale. S’y ajoutent des problématiques environnementales des plus graves et difficiles à résoudre.

Plus que d’autres secteurs, la construction automobile en France s’avère aux prises avec cette réalité des plus âpres. C’est dans ce contexte critique que nous assistons à la prise en main du groupe Stellantis par son premier actionnaire qu'est la famille Agnelli. La feuille de route est à venir. Nous serons attentifs pour qu’elle ne remette pas en cause notre écosystème industriel automobile local. À cet égard, je remercie la confiance que M. Carlos Tavares a accordée aux salariés des usines de Chartres de Bretagne. Il nous faut faire valoir la cause de nos industries, avec les hommes et les femmes qui les font vivre.

La construction automobile a su s’adapter depuis une décennie, tant en moyens technologiques qu’en capacité et compétences pour répondre aux défis du futur. Également, je n’oublie pas l’enjeu de la diversification de tous nos secteurs productifs. Cet enjeu doit s’imposer comme l’objectif fondamental pour nous assurer de belles perspectives d’emplois pérennes. Nous y sommes investis pour les générations futures.

 Philippe Bonnin, Maire de Chartres de Bretagne

vendredi 15 novembre 2024

Crises économiques et financières actuelles, et à venir … Conséquences dans les territoires d’industrie.

Le cas de la construction automobile.                        Contribution

Voici 12 ans, L’Association des Collectivités Sites d’Industrie Automobile (ACSIA), publiait une contribution au sujet des pistes d’avenir pour la filière automobile en France : « Enrayer le déclin du site automobile France ». La crise financière internationale de 2008 - 2009 avait mis à l’arrêt les usines de construction automobile en Europe.

Nous en appelions à un État stratège, capable d'anticiper ce que serait l’avenir de la mobilité. Nous attendions également un État qui soit en mesure de promouvoir des politiques de soutien aux investissements dédiés à la performance technologique des moyens de production. En effet, notre compétitivité se gagne toujours par l’innovation. Elle permet d’agir face à la concurrence tant en termes de qualité que de prix. Quels résultats en tirer aujourd'hui ? Ils n'inspirent que réserves et interrogations. Certes, les abondements publics ont permis le sauvetage, du premier groupe français et dix ans plus tard du second ... Les milliards injectés en capital et les cautions de l’État pour obtenir les crédits de trésorerie ont assuré les redressements financiers. Pour autant, il y eut à suivre les restructurations d’établissements, les fermetures et délocalisations.

Durant toute cette période, d’autres pays se sont dotés de capacités industrielles impressionnantes. Pour s’en convaincre, il suffit de consulter les statistiques. En 2008, La production française de véhicules était de 2,5 millions contre 70 dans le Monde. Nous étions au 7ème rang. En 2024, seulement 1,3 million de véhicules ont été fabriqués en France sur les 85 millions produits dans le Monde (12ème rang) ([1]). Durant cette même période, nous avons perdu quelques 10 000 emplois sur le site de construction automobile de la commune de Chartres de Bretagne. Évidemment, ce fut un choc en Ille et Vilaine et pour les Départements les plus proches d’où venaient également les salariés.

Que faut-il retenir ? La France aurait pu se prémunir de l’accès aux ressources stratégiques destinées à répondre aux défis des énergies alternatives, accorder les crédits d’impôts recherche sous la seule condition d’investir dans nos territoires pour en tirer l’avantage attendu avec de nouveaux process techniques de fabrication.

Il s’agissait ainsi de consolider l’écosystème de la Recherche et Développement (R & D) avec l’objectif de gagner en productivité, de préserver l’environnement et faire évoluer les conditions de travail. En outre, sommes-nous allés suffisamment loin dans les politiques de formation technique et scientifique des nouvelles générations ?

Plus aujourd’hui qu’hier encore, il s’agit d’élever la question de la réindustrialisation au rang de priorité nationale et d’adapter les emplois et les compétences en conséquence.

Le monde est déstabilisé comme jamais depuis 80 ans. L’État et nos collectivités sont confrontés à des finances exsangues du fait de l’affaiblissement de l’économie productive et de choix contestables en matière d’exonérations de contributions [CICE ([2]) par exemple] qui ont profité à des secteurs peu exposés à la concurrence sur les marchés internationaux. Sans nul doute, une redéfinition lucide et courageuse des trajectoires économiques s’impose dans l’urgence. Faits et chiffres à l’appui, les décennies de délocalisations et dérégulations quasi idéologiques des marchés ont induit une prédation environnementale majeure de territoires et pays à l’échelle de la Planète. D’ores et déjà, cette prédation débouche sur une multiplicité de crises sociétales dont nous sommes les témoins. Il sera très difficile de répondre à toutes ces crises en l’absence de ressources et moyens techniques à la hauteur. À cet égard, le choix des électeurs américains ne peut qu’inspirer nos inquiétudes.

Derrière ces mutations sans espoir de retournements rapides, nos entreprises industrielles locales se mobilisent pour préserver et consolider l’efficience de leurs moyens de production. C’est au prix d’efforts en innovations et réorganisations internes considérables qu’elles assurent leur pérennité dans la redoutable compétition industrielle d’échelle internationale. Les Directeurs et tous leurs collaborateurs, sans la moindre exception, méritent notre plus grand respect quant à leur engagement de tous les instants. Nous le savons tous, notre territoire dépend d’industries à la pointe des innovations techniques comme nulle autre dans le bassin d’emploi rennais et au-delà. Notre devoir de vigilance est de les accompagner.

                                                                                   Philippe Bonnin,

Maire de Chartres de Bretagne


[1] - Source Comité des Constructeurs Français d’Automobiles - CCFA.

[2] - CICE - Crédit d’Impôts pour la Compétitivité et l’Emploi.

 

mardi 29 octobre 2024

L'usine Stellantis de Chartres de Bretagne

https://journal-twipe.ouest-france.fr/data/276472/reader/reader.html?social#!preferred/0/package/276472/pub/435619/page/6/alb/8428152  

Article consacré à ses perspectives – Ouest France des 19 et 20 octobre 2024.

Je ne peux souscrire à l'appréciation formulée par Bernard Jullien, expert de l’industrie automobile à propos de l'usine Stellantis de Chartres-de-Bretagne. Nous avons collaboré au début des années 2010, lors de la crise industrielle de 2008 - 2012 dans le cadre de l'Association des Collectivités Site d'Industrie Automobile ACSIA.

L'avenir d'un territoire industriel ne dépend pas de sa seule localisation géographique qui présenterait l’inconvénient d’être trop éloigné des chaînes de valeur ou écosystème de la filière automobile, particulièrement présente à l’Ouest.

Le dynamisme économique d'un territoire, c'est d'abord sa vitalité démographique, la compétence et l'engagement de ses habitants, grâce aux politiques qualitatives de formation, entre autres dans le champ technique et scientifique. Ici même, les politiques d'aménagement du territoire qui se sont inscrites dans la durée constituent notre force. Nous en sommes des acteurs historiques. À cet égard, l’espace bretillien et breton a toujours su valoriser ses atouts et les conforter au gré des années ; qu’il s'agisse des infrastructures routières ferroviaires ou portuaires …

Rien ne justifie un tel doute sur nos industries de construction mécanique locales aux compétences diversifiées. Elles se développent encore dans tous nos bassins vie en Bretagne comme de tout l'Ouest de la France.

Certes, notre industrie automobile a terriblement souffert durant ces 15 dernières années. Toutefois, elle a su se restructurer et s'élever en qualité et normes pour s’assurer des meilleurs standards de productivité et par conséquent de compétitivité dans la France industrielle et bien sûr automobile.

Nous pouvons le regretter mais à l’heure actuelle, nous n’avons pas de relais dans le domaine de la mobilité qui représenterait le même potentiel d’emplois.

          Philippe Bonnin, Maire de Chartres de Bretagne

mardi 3 septembre 2024

Restaurer le pouvoir d’agir des communes

Un article d’opinion récemment publié dans le quotidien Le Monde (1) mérite une attention toute particulière. Au vu des représentations politiques à l’Assemblée Nationale et considérant l’impossibilité de constituer un gouvernement qui pourrait s’inscrire dans la durée, le Président de l’association des Maires de France propose de redonner plus de responsabilités aux institutions locales. Ce n’est pas une proposition de circonstance, c’est une nécessité.

Dans cet écrit, il est entre autres fait référence à l’article 72 de la Constitution en vigueur (2), rédigé comme suit : "les collectivités territoriales ont vocation à prendre les décisions pour l’ensemble des compétences qui peuvent le mieux être mises en œuvre à leur échelon". Les communes, plus que toutes autres collectivités ont toujours su démonter qu’elles étaient les plus aptes à s’inscrire selon cette approche. Pragmatiques, les élus locaux ont toujours démontré leur capacité à engager les coopérations intercommunales utiles pour réaliser les projets qui nécessitaient une approche territoriale ou géographique plus large. Un tel principe se caractérise par un terme peu commun dans le langage habituel. Il s’agit de la subsidiarité. Elle caractérise le fait "qu’une autorité centrale ne doit effectuer que les tâches qui ne peuvent pas être réalisées à l’échelon inférieur". Depuis 2013 et jusqu’à cette date, les gouvernements sans exception ont très peu fait de cas de ce principe démocratique en dépréciant le rôle essentiel des élus de proximité ainsi qu’en portant atteinte au principe constitutionnel de l’autonomie des communes.

Toutes les réformes récentes se sont inscrites dans une démarche de prétendue rationalité. Les regroupements de compétences essentielles à l’échelon de nouvelles instances supra-communales, imposés par la loi, ont affaibli nos assemblées communales par essence proches des habitants-citoyens. Toutes les évaluations de pertinence relatives à ces réformes ont démontré que les regroupements et concentrations des "compétences transférées" vers les échelons supérieurs ont engendré des coûts bien plus élevés et des lourdeurs administratives inégalées. Le constat est sans appel.

À l’heure ou le pays traverse une profonde crise de confiance à l’encontre de l’action publique, il est urgent d’en finir avec un modèle politique descendant, illisible et décrédibilisé alors même que les finances publiques sont au plus mal et que les inégalités se creusent. Dans un tel contexte il n’y a strictement aucun hasard pour que la contestation dans les urnes en soit arrivée à ce point. Enfin, n’écartons surtout pas le contexte d’une économie à bout de souffle, et qui plus est, lourdement désindustrialisée.

Tout était réuni pour que les partis populistes retrouvent un regain d’intérêt en propageant des idées et promesses simplistes dont on se demande comment elles pourraient être concrètement tenues.

Pour conclure, en ce qui nous concerne, la ville de Chartres-de-Bretagne est très dépendante d’une réalité économique en déclin sur son territoire depuis 2010, provoquant aujourd’hui une forte incertitude budgétaire (3). Force est de constater que la Métropole rennaise n’attire pas les entreprises de production, alors même que nous observons en France une reprise de l’investissement industriel. Face à ce constat, nous devons relancer l'action économique autrement et construire une politique d’investissements publics, avec malgré tout très peu de marges de manœuvre

                                                                      Philippe Bonnin

1 - Redonner du pouvoir aux collectivités locales ; David Lisnard, Président de l’AMF, Maire de Cannes et Sébastien Populaire, Maire de Touillon-et-Loutelet (Doubs). Le Monde du 8 août 2024.

2 - Constitution de la Ve République, le 4 octobre 1958.

3 - 60 % de nos recettes fiscales directes proviennent du Foncier bâti Industriel. En 2 ans, nous avons perdu 300 000 € de recettes !